Ennemies ou alliées?
Correspondante : Nicole Nepton
Publié le : 17/05/2005 à 08h52
Catégorie : Opinions
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L'article de Micheline Carrier et d'Élaine Audet publié le 12 mai dans NetFemmes, L'importance de ne pas censurer le débat sur la prostitution, ne mérite aucune réponse, mais comme il restera indéfiniment en ligne dans NetFemmes, alors voici.
Soit Stella est un groupe de femmes qui mérite de jouir de la même considération que les autres, soit il ne le mérite pas. Dénoncer le financement obtenu par cet organisme pour organiser une conférence, tout comme d'autres groupes de femmes en obtiennent chaque année pour organiser les événements qu'ils jugent nécessaires, c'est les traiter sur un autre pied que les autres groupes de femmes que nous n'attaquons jamais de cette façon, contrairement aux masculinistes. Il n'y a pas de censure ici. Nous savons toutes pertinemment qu'il y a de quoi se réjouir quand un groupe de femmes obtient du financement. Depuis longtemps, les groupes de femmes luttent pour en obtenir et cette lutte est plus d'actualité que jamais, notre époque étant ce qu'elle est. Les travailleuses du sexe ont autant besoin que tous les autres groupes de femmes, et d'autant plus dans le contexte actuel, de discuter ensemble des enjeux qui les préoccupent et d'élaborer des stratégies pour y faire face. Pourquoi les attaquer à ce sujet, pourquoi les traiter comme des ennemies?
Il y a des limites éthiques aux débats publics. Mesdames Carrier et Audet les dépassent en accusant Stella de "détournement de fonds destinés à la lutte contre le sida en faveur d'une activité de promotion de "l'industrie du sexe"", qu'elles disent être un fait vérifié et irréfutable alors que c'est faux. La démagogie n'a pas sa place dans les débats qui se veulent démocratiques. Il ne s'agit pas de censure ici non plus, mais de démocratie. Une dernière chose. Dans leur texte, Mesdames Carrier et Audet affirment que la prostitution constitue une des causes principales de la propagation du sida. N'est-ce pas plutôt l'inégalité des femmes, qu'elles tirent des revenus du sexe ou pas, qui les met dans une position telle qu'elles n'ont pas toujours la possibilité d'imposer le port du condom?
Je croyais que nous considérions toutes le patriarcat et le néolibéralisme comme nos ennemis, pas les femmes de la base, pas nos soeurs et encore moins celles qui sont les plus marginalisées et discriminées d'entre nous. Nous sommes fondamentalement du même bord que les travailleuses du sexe qui luttent contre l'exploitation, la violence, la judiciarisation de la pauvreté et pour prendre du pouvoir sur leurs vies. C'est d'ailleurs pourquoi la FFQ inclut Stella parmi ses membres et traite cet organisme avec autant de respect que ses autres groupes membres. Et si Stella ne mérite pas un tel traitement, peut-être bien qu'au nom de l'intégrité, de l'équité et de la liberté de pensée comme c'est le cas ici des féministes jugeront aussi un jour que le financement obtenu par votre propre organisme est tout aussi discutable que le leur pour une raison ou une autre et qu'elles publieront leurs critiques dans NetFemmes ou ailleurs comme c'est le cas ici.
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