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Recherche sur les impacts des nouvelles technologies d'information et de communication (NTIC) dans les groupes de femmes du Québec : difficultés et potentiel (2/2)

Dans le cadre du projet Internet au féminin
Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF)

Relais-femmes, octobre 1998

Sommaire

  1. Les obstacles et les besoins
    4.1   L'accès aux ressources
    4.2   Le manque de financement
    4.3   La situation des groupes de femmes en régions rurales
    4.4   Le manque de formation
    4.5   Besoin d'une formation adéquate et pertinente
  2. L'utilisation du français sur le Web

Conclusion
Bibliographie
Annexe :
Survol des initiatives Internet pour femmes québécoises

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4.  Les obstacles et les besoins

4.1  L'accès aux ressources

Le principal obstacle auquel sont confrontés les groupes de femmes en ce qui a trait à l'utilisation d'Internet concerne leur accès aux ressources nécessaires pour se brancher. Il s'agit de deux sortes de ressources. Premièrement, il y a les ressources matérielles, qu'il s'agisse de financement ou de l'équipement lui-même. Deuxièmement, il existe un besoin en ressources humaines : pour qu'un groupe se serve d'Internet de façon efficace, les répondantes ont signalé des besoins en formation et en soutien technique. Ces ressources pourraient permettre aux groupes de se doter d'un réseau fonctionnel et d'un nouvel ensemble de compétences indispensables dont la connaissance des réseaux et l'aptitude à trouver l'emplacement des informations. Les ressources tant matérielles qu'humaines sont des éléments incontournables du dossier de l'utilisation des technologies de l'information et des communications par les femmes.

4.2  Le manque de financement

Uniquement pour se brancher techniquement, les femmes doivent pouvoir se procurer un ensemble d'éléments : ordinateur, modem, système d'exploitation, logiciels et une connexion au réseau Internet. Dans l'ensemble, on constate que les coûts excèdent de beaucoup les crédits budgétaires disponibles tandis que les subventions pour les projets des groupes interdisent ou tout au moins rendent difficile l'achat du matériel requis.

La totalité des groupes de femmes consultées dépend et fonctionne entièrement à base de subventions ou de fonds alloués par les gouvernements et de partenariats avec d'autres organismes pour s'équiper et se brancher à Internet. Les groupes de femmes se voient fréquemment obligés de trouver de nouvelles sources de financement, ou pétitionner les gouvernements pour que ces derniers élaborent des stratégies financières et des programmes les permettant de s'équiper. Un groupe rencontré est actuellement en voie de solliciter les divers paliers gouvernementaux pour trouver du financement pour l'achat de l'équipement nécessaire au branchement Internet.

Pour l'instant, les femmes interrogées disent faire ce qu'elles peuvent avec les ressources dont elles disposent. Cependant, elles croient qu'il est essentiel de créer des programmes d'accès et d'aide financière pour que les groupes puissent s'acquitter des coûts. Cet appui devrait aussi, selon les témoignages recueillis, tenir compte de la nécessité d'un soutien technique permanent pour surmonter les difficultés que l'on rencontre au quotidien.

4.3  La situation des groupes de femmes en régions rurales

Les groupes de femmes dans les régions rurales, en plus d'avoir peu de ressources économiques pour se procurer les ressources matérielles et logicielles donnant accès aux technologies de l'information et des communications (TIC), disent affronter aussi des problèmes d'infrastructures : des obstacles d'ordre technique absents dans les grands centres urbains. Les principaux obstacles de l'accès à Internet en région sont les suivants :


En même temps, les femmes en régions rurales croient sincèrement qu'Internet pourrait leur être un outil avantageux. Elles citent plusieurs avantages communicationnels dont voici les principaux :


Les femmes interviewées en régions rurales ont souligné que la participation des groupes ruraux est faible, car pour certains groupes, Internet est encore inaccessible par manque d'une infrastructure adéquate. Ainsi, les régions nécessitent une infrastructure technique à la fine pointe de la technologie. Le Québec accuse un certain retard en matière de réseautage du territoire régional, surtout si l'on considère que l'émergence des réseaux informatiques au Québec date déjà des années 80 et leur prolifération dès le début des années 90.

4.4  Le manque de formation

À la lumière des témoignages reçus, plusieurs femmes sont mal préparées ou peu sensibilisées à l'apport des nouvelles technologies de la communication pour les groupes communautaires. Toutefois, on peut penser que les femmes ont une maîtrise relative de l'informatique. Il faut également reconnaître qu'avoir accès à Internet ne se limite pas uniquement à établir une connexion. Les femmes disent avoir besoin de formation à caractère multiple (sur les techniques, usages, possibilités et ressources disponibles). Toutes les femmes rencontrées ont exprimé les mêmes points de vue concernant l'accès à une formation appropriée et à un soutien durable.

Notre enquête nous révèle que le tiers des répondantes possède un ordinateur personnel et que presque toutes en ont un à leur disposition sur les lieux de travail. Jusqu'ici, chaque groupe est entièrement responsable du perfectionnement de ses membres et il n'existe aucune donnée centralisée sur cette question. Même à l'intérieur de chacun des groupes, aucun portrait de la situation touchant la formation sur l'usage des nouvelles technologies n'a pas encore été dressé. Selon notre enquête, seulement deux femmes avaient participé à au moins un projet de perfectionnement (à part celui du projet Internet au féminin lui-même.) Dans l'immédiat, les femmes disent compter sur l'expérience des quelques femmes autour d'elles qui savent utiliser ces outils informatiques pour répondre à leurs besoins de formation et à leurs questions.

4.5  Besoin d'une formation adéquate et pertinente

Une formation uniquement technique ne peut répondre à toutes les attentes des femmes et groupes de femmes. Les réponses que nous avons reçues démontrent que les femmes sont avant tout préoccupées par l'intégration d'Internet à leurs usages quotidiens.

Selon les témoignages, ce transfert d'habiletés pourrait se faire par l'entremise de stages plus complets et " le moins coûteux possible ". D'après les répondantes, il serait préférable de trouver des formatrices ou des formateurs sur les lieux mêmes de travail des groupes, plutôt que de faire déplacer les femmes vers des centres de formation. Les répondantes aimeraient que des programmes spéciaux soient mis en place afin de permettre aux groupes de femmes d'obtenir des ressources pour des projets de perfectionnement définis au niveau local.

5.  L'utilisation du français sur le Web

Les femmes rencontrées sont conscientes des difficultés d'accéder à des documents en français sur l'autoroute de l'information. Plusieurs femmes ont insisté sur l'importance d'une présence française sur le Web pour distinguer le Québec dans l'environnement nord-américain et sur la nécessité d'investir dans un contenu francophone de qualité sur Internet.

La question de la langue est donc d'une grande importance. En effet, le seul critère culturel jugé vraiment important pour nos répondantes était précisément la langue. Presque la moitié des femmes interrogées affirme que le partage d'une langue commune (en l'occurrence le français) est essentiel pour établir une bonne communication entre femmes et groupes de femmes francophones via Internet. La capacité d'exprimer clairement une idée dans une langue qui n'est pas a priori la sienne semble causer de grandes difficultés communicationnelles.

Comme en témoignent également les diverses recherches canadiennes, les barrières linguistiques sur Internet sont réelles et requièrent des approches plus affirmatives. Les témoignages ont révélé les besoins suivants :

  1. Établir des réseaux, des sites Web et gérer des listes d'envoi en français pour les groupes de femmes francophones ;
  2. Encourager l'utilisation du français comme langue de communication sur le net ;
  • Produire une documentation originale en langue française et non seulement des traductions.

    Conclusion


    Il y a consensus, parmi les femmes interrogées, sur une nécessité de relier les groupes de femmes du Québec par télématique afin de mettre en commun des connaissances, des idées, des ressources et des expériences diverses.

    D'autre part, un seul groupe - parmi les douze rencontrés - avait réussi à intégrer Internet de façon dynamique et structurée dans ses activités quotidiennes. Ainsi, Formationnelle, un groupe qui œuvre dans la région de Montréal, utilise Internet principalement pour effectuer des recherches dans les banques de données du gouvernement et échanger de l'information avec d'autres groupes communautaires au Québec. Elles ont plusieurs ordinateurs branchés (6) ce qui permet à plus d'une femme à la fois d'utiliser Internet et de se familiariser avec l'outil sans devoir attendre trop longtemps.

    Ainsi, les femmes interrogées expriment un besoin d'établir une meilleure communication entre travailleuses et plus globalement entre femmes et de former des nouveaux réseaux collaboration et de coopération. Internet pourrait, selon les témoignages recueillis, permettre la mise en place d'un réseau d'échange et de partage d'information qui faciliterait leur travail quotidien. Ces liens télématiques pourraient aussi permettre aux femmes branchées d'accéder aux multiples ressources disponibles sur Internet.

    Voici ce qui ressort le plus de cette recherche :

    1. Pour qu'un réseau Web féminin réussisse, des contraintes économiques, matérielles, techniques et de temps doivent être surmontés.
    2. Un des volets du programme Internet au Féminin doit viser l'accès initial et continu au réseau Internet féministe pour le rendre viable.
    3. Si Internet et les nouvelles formes de communication n'incluent pas le plus grand nombre possible de groupes de femmes, il y a risque que le mouvement féministe se fragmente en deux réseaux de communication. Ceci pourrait avoir comme effet l'exclusion des groupes non branchées aux réseaux de communication de l'avenir.
    4. Les femmes interrogées ne sont pas intimidées par l'avènement d'Internet. Elles considèrent que cette technologie ouvre des occasions nouvelles et des opportunités communicationnelles intéressantes pour l'action communautaire mais elles sont aussi conscientes que ces opportunités ne seront pas accessibles immédiatement, que cela prendra du temps et des efforts de sensibilisation.
    5. Les femmes rencontrées croient que les groupes de femmes pourront apporter un contenu pertinent et intéressant sur le Web.
    6. Elles croient également que l'apport en français des groupes sur le Web pourrait être significatif à condition de pouvoir surmonter les barrières d'accès telles que la formation et les coûts reliés à l'équipement.

    Bibliographie


    Regan-Shade, Leslie, 1997. Rapport sur l'Utilisation d'Internet par les groupes de femmes au Canada, Condition Féminine Canada, [www.swc-cfc.gc.ca/directf.html]

    Balka, Ellen, 1997. Computer Networking : Spinsters on the Web, Resources for Research and Action, CRIAW/ICREF, [www3.sympatico.ca/criaw]

    Balka, Ellen, 1997. Viewing Universal Access through a Gendered Lens, Simon Frasier University, [www.fis.utoronto.ca/research/iprp/ua/]

    18-21 octobre 1997, " Conférence les femmes et Internet - The Women's Internet conference ", Organisé par Women's Space, Ottawa, [www.grannyg.bc.ca/confer/]

    Studio XX, 1998. Terre à Terre dans le cybèrespace. [pas encore disponible]

    GVU (Georgia tech), 1998. 8th World Wide Web Survey, [www.cc.gatetech.edu/]

    Grint & Gill, 1995. The Gender-Technology Relation, Taylor & Francis, London.

    Annexe

    Survol des initiatives Internet pour femmes québécoises

    Voici un inventaire de sites Web fait par des femmes ou groupes de femmes qui s'adressent plus particulièrement à l'action communautaire et à la condition des femmes au Canada et au Québec.

     Intern'ELLES
     NetFemmes
     Webgrrls
     Condition féminine Canada
     Studio XX
     Documentation sur la recherche féministe : http://www.oise.utoronto.ca/projects/rfr
     The Canadian Research Institute for the Advancement of Women (CRIAW/ ICREF)

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