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«Diffuser des alertes à l'action sur Internet », Organisation Mondiale Contre la Torture avec la collaboration de Enda-Synfev, atelier de Solidarité et communication électronique pour les femmes en Afrique, 1998.

 

Diffuser des alertes à l'action sur Internet

  1. Présentation de l'information
  2. Sélection des destinataires
  3. Les "inconvénients" de la transmission
    d'une alerte à l'action par Internet


Pour faire suite à la transmission du document intitulé "Concevoir des alertes à l'action efficaces sur Internet" de Phil Agre, voici quelques pistes de réflexion sur le même thème. Il s'agira ici d'intégrer l'expérience propre à l'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT).


1. Présentation de l'information


Qu'il s'agisse d'un appel urgent, d'une intervention bilatérale adressée directement à une mission diplomatique ou d'une communication aux instances ou mécanismes de contrôle (par exemple, la Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes), ces communications requièrent des formats extrêmement stricts et un contenu des plus précis. Le respect de ces critères est impératif pour leur recevabilité et traitement.

Outre les données habituelles mentionnées par Phil Agre au point 1 établissant l'authenticité de l'alerte, les informations doivent être systématiquement mentionnées sur la ou les victime(s) ; l'événement ; les moyens mis en œuvre pour l'éclaircissement ou la résolution du cas.

Comme le mentionne Phil Agre, l'envoi régulier d'alertes à l'action requiert que l'information soit mise sous une forme reconnaissable, identifiable à l'organisation. Comme vous pourrez le constater à la lecture des appels urgents "attachés", ils ont tous une structure identique qui est la "griffe" de l'OMCT.

En matière de contenu plus précisément, il faut éviter toute polémique, tout jugement politique, etc. Ceci serait préjudiciable à la victime et nuirait à la crédibilité de l'information. A chaque fois que cela est nécessaire, l'OMCT mentionne - dans le cadre de ses appels urgents - les dispositions pertinentes des instruments internationaux ratifiés par l'Etat concerné par la violation rapportée (Convention des droits de l'enfant, Convention contre la torture, etc.). Ce rappel des engagements internationaux de l'Etat - qu'il a librement souscrit - a plus de poids qu'un jugement qui serait improductif, comme mentionné plus haut.


2. Sélection des destinataires

Qui dit alertes à l'action efficaces, dit ciblage des destinataires.

Si la rapidité est un élément fondamental, elle ne constitue pas en soi une garantie de succès, d'autres paramètres doivent être également pris en compte, et notamment le ciblage des destinataires des alertes a l'action. Internet permet, potentiellement du moins, de rejoindre rapidement des dizaines de millions de destinataires. Une diffusion indiscriminée, toutefois, ne garantit pas que le message sera reçu et ce, malgré une circulation rapide et massive.

Ceux que l'OMCT cherche à rejoindre sont tous les organismes intéressés par les cas que nous leur transmettons et pouvant agir avec une certaine efficacité. Pour toute communication urgente, ne sont retenus dans la liste de nos correspondants que ceux qui ont un intérêt ou une compétence particulière pour agir sur un dossier traité. Plus on répond aux attentes des destinataires de l'information, plus cette information aura un impact. Les groupes actifs dans le domaine des droits de la femme n'ont, par exemple, guère le temps de travailler sur les violations des droits des syndicalistes. Nous leur envoyons donc en priorité les appels intitulés "Violence contre les femmes".

Cette capacité de sélectionner à chaque fois les destinataires permet de mieux prévenir les violations. D'une part, parce que moins sollicités, les organismes contactés réagissent plus rapidement et, d'autre part, en atteignant uniquement les partenaires les plus compétents, nous augmentons l'efficacité de la réaction. Cela, hélas, ne suffit pas toujours a empêcher la perpétuation de violations graves et nous nous efforçons d'élargir nos modes d'interventions.

Ce travail de "ciblage" nécessite donc la mise en place de listes d'adresses électroniques selon un certain nombre de critères : pays, continent, profession, type de violation grave aux droits de l'homme, etc.


3. Les "inconvénients" de la transmission d'une alerte à l'action par Internet


L'information et la manière dont celle-ci est transmise sur Internet constituent une chaîne d'actions qui est susceptible être menacée par Internet. Nous avons isolé trois maillons faibles dans cette chaîne d'actions : le contrôle de l'action, la source de l'information, le suivi.


Le contrôle de l'action

Des problèmes dans le contrôle de l'action peuvent survenir lorsque l'un des partenaires de la chaîne de communication décide d'agir d'une manière unilatérale, autre que celle prévue dans la communication reçue. Par exemple, s'adresser formellement au Comité contre la Torture des Nations Unies (CAT) ne se fait pas à la légère. Le CAT n'a compétence pour examiner des plaintes individuelles que si elles remplissent un certain nombre de critères très spécifiques. Une plainte sera ainsi rejetée si elle n'est pas soumise par un représentant autorisé de la victime. En pareil cas, les autorités de l'Etat concerné ne se gêneraient pas pour tirer profit de cette erreur.


La source de l'information

L'un des avantages d'Internet réside dans la facilité avec laquelle l'information est transmise à des tiers. L'une des pratiques les moins innocentes qui soient consiste ainsi à effacer la signature du message original pour la remplacer par une "nouvelle" signature. Pour revenir au cas précédemment mentionné, imaginons que le CAT nécessite des informations complémentaires, ce nouveau pourvoyeur sera dans l'incapacité de fournir les éléments requis et la plainte sera abandonnée. La crédibilité du système est donc mise à mal, le gouvernement mis en cause en tire profit et les victimes ne peuvent plus espérer obtenir justice.


Le suivi

Lorsqu'un message urgent est envoyé par une source, il déclenche une chaîne de réactions qui n'a de cesse de s'amplifier - il est renvoyé par d'autres utilisateurs, publié sur des sites, des serveurs, etc. De nombreuses organisations actives dans des domaines divers vont dès lors intervenir à différents niveaux. Lorsque la situation de la victime se modifie, que ce soit pour le pire ou le meilleur, les nouvelles informations la concernant risquent de ne pas être distribuées à l'ensemble des intervenants agissant sur ce cas. Une campagne non contrôlée pourrait donc continuer de demander la libération d'une victime qui aurait déjà été libérée, d'où un sérieux gaspillage des ressources. Elle s'exposerait de plus à de sérieuses attaques qui endommageraient sa crédibilité.

Plus largement, le suivi pose le problème de la responsabilité qui incombe à la source de l'information de suivre le cas qu'elle a soumis et de transmettre toute nouvelle information au coordinateur du réseau qui retransmet l'information. Outre le problème de la responsabilité, c'est également celui de la dynamique du réseau qui est abordé.


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