
Table des groupes de femmes de Montréal
Les femmes et la diversité ethnoculturelle à Montréal, ou, Comment la Table des groupes de femmes de Montréal peut-elle faire une place aux femmes et aux groupes de femmes de diverses origines et intégrer leurs préoccupations? : une recherche-action
Yasmina Chouakri
Novembre 2001
COMITÉ D’ENCADREMENT DE LA RECHERCHE :
Pilar BARBAL I RODOREDA, Comité d’éducation aux adultes de la Petite Bourgogne et de St-Henri (CEDA), membre du Caucus des communautés culturelles et des nouvelles arrivantes (CCNA) de la Table des groupes de femmes de Montréal, 1999-2000.
Jocelyne BERTOT, Table de concertation des organismes au service des personnes immigrantes et réfugiées (TCRI).
Louise BROSSARD, Table des groupes de femmes de Montréal.
Micheline DE SÈVE, Institut de recherche et d’études féministes, Université du Québec à Montréal.
Saliha HASSANI, Centre des femmes de Montréal, membre du Caucus des communautés culturelles et des nouvelles arrivantes (CCNA) de la Table des groupes de femmes de Montréal.
Katherine MACNAUGHTON-OSLER, Table des groupes de femmes de Montréal.
Maria Elisa MONTEJO, Réseau québécois des chercheuses féministes, CLSC René-Cassin.
RECHERCHE ET RÉDACTION :
Yasmina CHOUAKRI, Table des groupes de femmes de Montréal.
Cette recherche a été réalisée grâce au financement des organismes suivants :
Fondation Béati (fiduciaire : Maison Parent-Roback)
Alliance de recherche IREF/Relais-femmes (ARIR)
Institut canadien de recherche et d’étude sur les femmes (ICREF)
Et pour la mise en oeuvre du plan d’action issu de la recherche:
Patrimoine canadien
Ministère des Relations avec les citoyens et de l’immigration
TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS
INTRODUCTION
PROBLÉMATIQUE ET MÉTHODOLOGIE
1.1 Problèmes de définitions
1.2 Problématique
1.3 Méthodologie
1.4 Revue de la littérature sur le sujet
1.5 Portrait des participantes
2.1 Les réalités et les perceptions des femmes de diverses origines
2.1.1 Un manque criant de données sur les femmes de diverses origines
2.1.2 Une absence d’analyse des effets des politiques sur les femmes immigrantes
2.1.3 Des obstacles spécifiques
2.1.4 Des discriminations spécifiques
2.2 La prise en compte de la diversité culturelle : un processus à ses débuts
2.2.1 Les politiques de gestion de la diversité du Québec et du Canada
2.2.2 Le mouvement des femmes à la croisée des chemins
2.2.3 Réflexions et pratiques actuelles du mouvement communautaire et du mouvement des femmes concernant la diversité culturelle
CHAPITRE 3 : L’ANALYSE DE LA PRATIQUE DE LA TABLE DES GROUPES DE FEMMES DE MONTRÉAL
UNE ANALYSE TRANSVERSALE
3.1 Les positions et l’analyse de la Table
3.2 Le fonctionnement de la Table
3.3 Obstacles identifiés dans les groupes de base
CHAPITRE 4 : SPÉCIFICITÉ ET SOLIDARITÉ
4.1 L’implication des femmes de diverses origines
4.2 Des acquis importants pour les femmes de diverses origines
4.3 Les formes de solidarité
4.3.1 Reconnaissance des spécificités des femmes de diverses origines et des respon-sabilités de chacune
CHAPITRE 5 : RECOMMANDATIONS ET PLAN D’ACTION
5.1 Recommandations à la Table et au Caucus
5.2 Plan d’action
CONCLUSION...................................................................................................................
ANNEXE : LISTE DES TABLEAUX
BIBLIOGRAPHIE
La réalisation de cette recherche-action sur une période d’environ onze mois a constitué pour moi, un véritable « parcours de combattante ». D’abord, parce que onze mois, c’est court. Mais aussi, parce que j’ai été constamment prise entre plusieurs feux : les exigences d’une recherche, les inévitables demandes de subventions afin de la mener à bien et ma volonté de continuer à m’impliquer. D’abord au Caucus des communautés culturelles et des nouvelles arrivantes de la Table des groupes de femmes de Montréal, et aussi dans certains groupes sociaux, où je savais que la question de la diversité culturelle était aussi une question d’importance et dont je voulais continuer à être au moins, une observatrice, au moment de la recherche.
Pourquoi? Peut-être pour garder un pied dans la réalité, mais aussi sûrement à cause de certains traits de ma personnalité, parce que je ne sais jamais, ne faire qu’une chose à la fois. J’ai d’ailleurs toujours dû concilier travail, études et enfants, vécu sur plusieurs cultures à la fois, ailleurs et ici, eu plusieurs centres d’intérêt en même temps, etc. Mais dans le cas de cette recherche, je peux vous assurer que j’ai tout fait pour que ces centres d’intérêt convergent et ne puissent servir surtout qu’à alimenter cette recherche.
C’est ce qui constitue, je pense, la richesse mais aussi la faiblesse de cette recherche. Mais, je n’éprouve aucun regret face à ces constats car c’est ce qui m’a permis d’inclure cette analyse dans un contexte plus large et d’observer de façon empirique, comment la question de la diversité culturelle se posait ailleurs, mais toujours à Montréal évidemment, aussi bien au plan pratique qu’au niveau de la réflexion. Je ne pense pas avoir perdu de vue aussi, que notre besoin à la Table des groupes de femmes de Montréal était avant tout de connaître les obstacles pour les femmes de diverses origines, de déterminer des moyens de les intégrer à l’analyse et aux dossiers de la Table avec les participantes elles-mêmes au projet, et enfin de définir les moyens d’assurer une meilleure représentation et participation de ces femmes à la Table.
Je remercie tout particulièrement les participantes au projet, sans qui cette recherche n’aurait pu être réalisée et surtout, les femmes de la base pour leur disponibilité, qui nous a permis d’établir un contact étroit et chaleureux.
Je remercie également les membres du comité d’encadrement de la recherche pour leur contribution et les suivis qu’elles ont pu faire, malgré leur surcharge de travail, ainsi que les organismes qui ont financé ou soutenu cette recherche : la Fondation Béati et la Maison Parent-Roback, l’Alliance de recherche IREF-Relais-femmes (ARIR) et l’Institut canadien de recherche et d’étude sur les femmes (ICREF).
Et enfin, je remercie aussi Diane Chaurette, adjointe administrative à la Table des groupes de femmes de Montréal, pour la révision du texte.
« Pour maintenir une solidarité, il faut introduire les problèmes spécifiques des femmes des communautés culturelles aux dossiers défendus par les femmes québécoises. Pour cela, il faut que nous soyons sensibilisées aux dossiers défendus par les femmes québécoises. »
« Les femmes immigrantes représentent un capital humain et elles pourraient avoir un pouvoir réel, car elles sont fortes du fait qu’elles ont déjà assumé un départ d’ailleurs. Il leur suffit juste de se décider à ouvrir les portes ici et dire : nous sommes là. »
(Propos de participantes)
Dès ses débuts en 1996, la Table des groupes de femmes de Montréal avait accordé une priorité aux femmes des communautés culturelles et avait souhaité intervenir sur les problèmes et les aspirations spécifiques des femmes de toutes origines. La Table ayant un membership composé de groupes de femmes situés sur l’île de Montréal, sa composition devait forcément refléter la diversité du mouvement féministe.
C’est avec ce souci que notamment, le 17 mars 1999, la Table avait organisé une Journée de réflexion sur la place des femmes des communautés culturelles à la Table. Cette journée avait été animée par Guadalupe Vento, spécialiste en gestion de la diversité et le nombre des participantes avait été de 25, représentant différents organismes et groupes de femmes de la région de Montréal.
Cette préoccupation de la Table se traduit également dans les orientations adoptées en assemblée générale dans le dossier de la diversité ethnoculturelle, le 19 mai 1999 et définies en quatre points :
C’est le Caucus des communautés culturelles et des nouvelles arrivantes de la Table qui a pour mandat d’alimenter la Table en ce qui concerne ces orientations. C’est ce qu’il a fait durant ces deux dernières années, et la proposition de la Table d’entamer une recherche afin de mieux comprendre la réalité des femmes de diverses origines culturelles a été appuyée par le Caucus.
Effectuer la recherche-action « Les femmes et la diversité ethnoculturelle à Montréal ».
Poursuivre l’implication du Caucus des communautés culturelles et des nouvelles arrivantes (CCNA) dans le cadre des différents dossiers de la Table.
Mettre en place des stratégies de suivi et d’évaluation des résultats concernant les recommandations faites par le Caucus des communautés culturelles et des nouvelles arrivantes (CCNA) dans le cadre des différents dossiers de la Table.
Le présent projet qui était une recherche-action, devrait permettre à la Table des groupes de femmes de Montréal, en collaboration étroite avec les organismes concernés, le développement d’une analyse solide qui guiderait ses interventions en matière de diversité culturelle auprès des décideurs de la région. Cette recherche-action devrait permettre également à la Table de combler ses besoins en termes de connaissances et d’améliorer la participation des femmes de diverses origines, en contribuant également à l’analyse féministe des enjeux de la diversité. La méthodologie retenue était de type qualitatif, s’appuyant sur des entrevues individuelles semi-dirigées de femmes immigrantes ainsi que sur des entrevues de groupe du type focus group, favorisant une participation active des femmes concernées par la recherche.
En menant cette recherche-action sur la question de la diversité ethnoculturelle, la Table visait plusieurs objectifs :
Participer à l’amélioration des conditions de vie des femmes de toutes origines et appuyer les réseaux et initiatives qui y contribuent.
Faire en sorte que la Table des groupes de femmes de Montréal reflète mieux la diversité ethnoculturelle de Montréal, tant au niveau de son membership, que dans l’ensemble de son travail : prises de position, analyses, interventions et représentations publiques, modes de fonctionnement, formations et sensibilisation.
Favoriser la représentation et la participation des femmes de diverses origines dans les groupes de femmes et les organismes communautaires, par une sensibilisation accrue de ces groupes, qui leur permettrait d’intégrer les préoccupations de ces femmes.
L’importance de cette recherche se situe dans le fait que le mouvement des femmes à Montréal s’est enrichi d’une réflexion et d’une nouvelle approche, reflétant mieux la diversité montréalaise. Les groupes de femmes de diverses communautés disposeront d’un outil supplémentaire pour faire progresser les acquis et affronter des défis spécifiques. La Table des groupes de femmes de Montréal étant à la fois un lieu de concertation et une interlocutrice reconnue auprès de plusieurs instances importantes à Montréal, elle pourra ainsi mieux sensibiliser les décideurs aux réalités essentielles et souvent mal connues des femmes de diverses origines et favoriser leur participation. Enfin, la Table pourra diffuser sa compréhension de ces réalités au-delà de certains mythes, préjugés et stéréotypes, auprès des autres groupes de femmes qui la composent et de l’ensemble du mouvement communautaire auquel elle participe.
Cette recherche-action ne prétend pas non plus apporter toutes les réponses, ni faire toute la lumière sur les femmes et les groupes de femmes de diverses origines de la région de Montréal. Elle ne révèlera encore, que certaines facettes de ces réalités, du côté apparent de l’iceberg. Bien des réalités de ces femmes sont encore à explorer. Et là, nous pensons à une majorité encore silencieuse, que nous n’avons pu rencontrer parce qu’elles ne sont pas représentées à la Table car elles sont engagées dans un militantisme de survie lorsqu’elles luttent et, dont les voix n’émergent qu’à certaines occasions.
CHAPITRE 1 : LES FEMMES DE DIVERSES ORIGINES, SUJETS ET OBJETS DE CETTE RECHERCHE-ACTION
PROBLÉMATIQUE ET MÉTHODOLOGIE
1.1 Problèmes de définitions
En intitulant cette recherche-action « Comment la Table des groupes de femmes de Montréal peut-elle faire une place aux femmes et aux groupes de femmes de diverses origines et intégrer leurs préoccupations ? », nous avons volontairement voulu contribuer à changer, au moins en partie, certaines représentations dans la société québécoise et canadienne en remettant en question certaines catégories, comme femmes immigrantes, femmes des communautés culturelles, etc., qui occasionnent confusion et préjugés, mais qui sont largement utilisées aussi bien au niveau des institutions (discours et pratiques) que dans les différentes analyses recensées au niveau documentaire. Si la volonté d’être plus inclusives à la Table et de lutter contre certains préjugés nous a amenées à utiliser dès le départ, pour cette recherche la catégorie de « femmes de diverses origines », bien que d’autres personnes impliquées dans la recherche aient proposé « Néo-Québécoises », il reste que cette recherche restera marquée tout de même par ces catégories courantes, puisqu’elles sont largement utilisées, pour les données statistiques ou documentaires, et aussi parce que les participantes à la recherche le feront elles-mêmes.
En effet, le terme de femmes immigrantes, définition qui recouvre toutes « les femmes nées en dehors du Québec et du Canada », ne tient souvent aucunement compte de la durée d’établissement de ces femmes, même si certains services et analyses s’adressent ou portent sur des personnes visées par des durées précises d’établissement. Alors se pose inévitablement la question de la validité de présenter un portrait des situations ou des obstacles rencontrés par des femmes vivant à Montréal depuis cinquante ans, vingt ans, dix ans ou trois ans, sans les distinguer, par souci d’inclusion. Par exemple, entre immigrantes pour celles qui ne sont pas encore citoyennes de plein droit (arrivées depuis moins de trois ans pour les immigrantes reçues, ou cinq ans pour les réfugiées, selon les cas) ou qu’on appelle aussi traditionnellement nouvelles arrivantes, et celles qui le sont et qui devraient être considérées comme citoyennes à part entière.
Qui sont aussi les femmes issues des groupes ethnoculturels? Cette expression réfère-t-elle seulement aux femmes des groupes minoritaires excluant les femmes majoritaires, du groupe « dominant » qui, elles, ne seraient pas membres d’un groupe ethnoculturel? Cette définition recouvre-t-elle ou exclut-elle les femmes issues des minorités visibles? Les définitions de femmes issues des groupes ethnoculturels et de femmes des minorités visibles qui, lorsqu’elles sont utilisées, recouvrent aussi bien des femmes nées ici que des femmes nées à l’extérieur du Québec et du Canada, posent aussi un grave problème. Ces dernières définitions entretenant l’idée que toute femme non francophone de souche ou non blanche ne peut être née au Québec ou au Canada, même si leur utilisation précise parfois la composante double, « nées ici et nées ailleurs », mais sans pour autant les distinguer au niveau statistique ou de l’analyse. Certaines définitions le laissent supposer et d’autres non. La catégorie femmes des communautés culturelles propre au Québec, ne laisse-t-elle pas aussi supposer que le groupe majoritaire n’en est pas un et que le groupe des communautés culturelles a un « rôle culturaliste et apolitique »[1]?
Nous constatons alors très rapidement comment ces catégorisations ont un contenu idéologique et politique introduisant un statut normatif dominant aux femmes du groupe majoritaire et un statut de dominées aux femmes des autres groupes. D’autres catégories, comme celle d’allophone qui renvoie à la langue maternelle de ces femmes et qui occulte littéralement la langue parlée par ces femmes elles-mêmes (et même si c’était à titre de deuxième langue) entretiennent des préjugés tenaces voulant que les femmes de diverses origines ne maîtrisent pas le français, (ni l’anglais d’ailleurs parfois), et fait partie également des problèmes rencontrés par l’utilisation de cette catégorie.
Mais reste qu’en retenant la définition de femmes de diverses origines pour cette recherche-action, un problème persiste, car même si cette définition regroupe diverses périodes d’arrivée, elle entretient l’idée qu’elle peut inclure aussi des femmes nées ici, de parents immigrants. Mais elle pourrait permettre de limiter la définition de femmes immigrantes aux femmes installées ici depuis moins de trois ou cinq ans (pour les réfugiées) ou qui ne sont pas encore citoyennes de plein droit et elle met en exergue la diversité des origines et des expériences de vie de ces femmes. Il y a également le terme de Néo-Québécoises que nous pourrions utiliser, car beaucoup plus inclusif, pour faire aussi une distinction avec les femmes immigrantes qui seraient les femmes arrivées récemment et pas encore citoyennes de plein droit. Mais ce qu’il faut retenir malgré tout, c’est que beaucoup de femmes de diverses origines continuent elles-mêmes à s’identifier comme femmes immigrantes, alors qu’elles vivent ici depuis vingt ou cinquante ans. On pourrait se demander pourquoi, c’est encore le cas?
Une recherche portant sur l’impact de ces catégorisations sur les femmes de diverses origines et la perception de ces catégorisations par ces femmes elles-mêmes pourrait être très intéressante puisqu’au Québec notamment, c’est en tant que citoyen « individu » que l’immigrant devient membre de la société et non en tant que membre d’un « groupe ». Le mouvement des femmes devrait lui aussi se poser la question de l’impact de ces catégorisations sur les femmes de diverses origines ainsi que les inégalités et la faiblesse de la solidarité qu’elles peuvent entretenir. Il se peut aussi, que pour les femmes de diverses origines, sortir d’une catégorisation d’un groupe donné pour appartenir à celle de citoyen mais de seconde classe, ne soit pas d’un grand intérêt et ne change pas grand-chose à la situation de ces femmes, lorsqu’elles ont intégré progressivement depuis leur arrivée leur différence et qu’elles appartiennent à un groupe « dominé ».
Dans le cadre de cette recherche, l’utilisation de la définition de femmes immigrantes sera malgré tout assez récurrente et se rapportera à la définition institutionnelle et courante, c’est-à-dire celle de femmes nées à l’extérieur du Québec et du Canada, car aucun moyen ne nous permettra, dans certains cas, de rendre compte de différences précises par rapport aux données statistiques ou documentaires. Celle de femmes des communautés culturelles fera référence aussi à la catégorie de femmes immigrantes, mais aussi parfois de femmes nées ici.
La catégorie de femmes de diverses origines qui a été retenue, parce que plusieurs représentantes à la Table des groupes de femmes de Montréal sont nées ici, recouvrira donc aussi parfois des femmes nées ici de parents immigrants, ce qui sera précisé dans ce cas. La catégorie de Néo-Québécoises, englobera les femmes citoyennes de plein droit et donc qui ne sont pas nouvelles arrivantes et manifestera surtout une volonté d’être plus inclusive dans l’approche, sans nier pour autant la diversité des situations.
Donc, si la question fondamentale restera pour nous de savoir comment la Table des groupes de femmes de Montréal peut-elle faire une place aux femmes et aux groupes de femmes de diverses origines et intégrer leurs préoccupations, cette question devra prendre en considération un facteur important dans le cadre d’une recherche-action. Sachant que la Table n’est autre et ne représente que des groupes et des organismes par le biais de leurs représentantes, il faut tenir compte d’abord du faible nombre de groupes de femmes de diverses origines dans la région de Montréal, la majorité étant sous-financés ou non financés. De ce fait, ces groupes ne peuvent pas envoyer de représentantes à la Table où les réunions se déroulent le jour, car les militantes de ces groupes travaillent et ne peuvent donc s’absenter pour ces activités.
L’autre question importante sera de savoir comment faire en sorte que les femmes de diverses origines qui participent à la Table, se sentent actrices à la Table et contribuent elles-mêmes au changement souhaité? Les entrevues individuelles réalisées auprès des participantes membres du Caucus (1999-2000) nous ont permis de dégager un axe nouveau par lequel elles proposent des pistes d’action très intéressantes, mais ces changements s’adressent souvent à la Table (comme organisme) et non à elles-mêmes en tant que membres de la Table. Le « nous » n’apparaît pas, ce qui reflète un manque de sentiment d’appartenance à la Table et d’appropriation des dossiers.
1.2 Problématique
Si l’objectif de cette recherche-action est de développer des pratiques plus inclusives, aussi bien au niveau de la représentation, que de l’analyse de la Table, son origine part de deux constats principaux qui sont : le manque de participation des femmes de diverses origines et le besoin de connaissances des préoccupations et des obstacles rencontrés par ces femmes.
Ces besoins, qui sont une préoccupation importante de la Table, démontrent aussi la nécessité d’effectuer par cette recherche, une analyse transversale afin de vérifier les impacts actuels des positions, de l’analyse et du fonctionnement de la Table sur les femmes de diverses origines qui sont peut-être les sources d’une certaine exclusion et de la faiblesse de la participation de ces femmes. Cette situation imposerait donc de développer des outils, incluant ou favorisant un caractère pluraliste, en vérifiant des pratiques existantes. Mais cela pose aussi différentes questions de fond. Car, si l’objectif reste l’inclusion, mais aussi la solidarité des femmes en général, cette approche - fondée sur la mise en évidence des différences ou sur la spécificité des conditions des femmes de diverses origines - ne risque-t-elle pas d’accentuer les différences, de créer des clivages artificiels entre les femmes elles-mêmes? Comment alors dans la pratique, peut-on remédier à cela? En d’autres termes, comment faire en sorte que les participantes à la recherche-action se sentent actrices à la Table et contribuent elles-mêmes au changement souhaité, tout en s’inscrivant et en faisant en sorte que la Table s’inscrive dans une approche de solidarité avec toutes les femmes?
1.3 Méthodologie
Pour cette recherche, nous avons opté pour une méthodologie féministe qualitative, en ce sens qu’elle insiste sur les liens de la recherche avec l’action et sur la subjectivité consciente de la chercheure. Notre approche n’est pas « ethniciste », dans la mesure où nous voulons éviter d’entrer dans des catégories sociales insistant plus sur les particularités des groupes composant les femmes de diverses origines que sur les points communs. Ce qui nous permettrait aux Néo-Québécoises de trouver déjà entre nous des points de ralliement et d’identification communs, pour pouvoir en faire autant avec les femmes québécoises du groupe majoritaire.
Dans notre démarche, comme Vatz Laroussi et al. (1995), nous optons pour une méthodologie fondée sur une approche à la fois féministe et interculturelle, permettant une articulation entre femmes et pluralisme culturel, alliant similitude du genre et ouverture à la différence, dans le groupe impliqué dans le processus de recherche. Tout en restant dans une démarche inclusive, évitant ainsi d’axer notre approche sur les différences culturelles.
La chercheure se situe dans le groupe social des femmes minoritaires à l’étude, appelé ici femmes de diverses origines ou femmes immigrantes. Elle se situe donc, en tant que femme d’origine différente du groupe social majoritaire des femmes d’origine québécoise, et ayant vécu des difficultés qui lui sont propres et communes et aussi différentes à l’ensemble des femmes de son groupe.
Par notre démarche, nous refusons dès le départ, d’entrer dans des catégorisations « raciales » et « ethniques » qui ne feraient à notre avis qu’insister sur les différences et donner peu d’opportunités à des rapprochements et à des alliances aussi bien, entre les différents groupes qui composent les femmes de diverses origines, qu’entre ces dernières et les femmes québécoises d’origine. Nous appellerons donc les femmes qui sont « objets » et « sujets » de cette recherche, les femmes de diverses origines. On ne niera pas pour autant l’existence de différences spécifiques à certains groupes sociaux de femmes immigrantes (qu'ils soient raciaux, ethniques, linguistiques, de classe) ou liées à la naissance ici ou ailleurs, et autres. Comme on ne niera pas pour autant la diversité des situations des femmes québécoises d’origine.
Les données ont été compilées en rapport au type de recherche choisi. Ayant privilégié une recherche-action, celle-ci implique une interaction constante entre les personnes qui font cette recherche et celles pour qui la recherche est faite. Pour cela, les méthodes retenues ont été de type qualitatif, par des entrevues individuelles semi-dirigées permettant de mettre en évidence les trajectoires des femmes de l’échantillon, les difficultés les plus importantes vécues par ces femmes et la mesure de leur intégration à la Table des groupes de femmes de Montréal ou dans les groupes membres de la Table. Puis, des entrevues de type focus group ont été réalisées en deuxième partie, dont deux avec les participantes membres du Caucus, deux avec les participantes de la base et une avec les deux groupes de participantes réunis. Ces choix méthodologiques fondés sur une souplesse et une participation active des femmes de l’échantillon, avaient été retenus pour des raisons pratiques et aussi par choix de ces femmes. Par ailleurs, les entrevues de groupe réalisées en deuxième partie, ont stimulé la participation, par un débat sur les difficultés récurrentes de ces femmes, apparues lors des entrevues individuelles, la recherche de certaines solutions communes pour une participation plus importante et l’ébauche de nouvelles formes de solidarité avec les femmes d’ici.
L’échantillon était composé au total de seize femmes, dont huit femmes que nous avons appelées « participatives »[2], toutes membres du Caucus des communautés culturelles de la Table et de huit femmes de la base des groupes représentés au Caucus, représentant des femmes dont les origines et les durées d’établissement sont variées. L’analyse de ces données de terrain a permis l’élaboration d’une grille des différentes situations de ces femmes, des problèmes rencontrés les plus récurrents et des moyens pour une participation plus importante à la Table et dans les groupes membres.
Les outils de cueillette de données : entrevues individuelles semi-dirigées et focus group
Les questions sont restées regroupées en trois axes adaptés aux différences énumérées. L’ordre des questions n’avait aucune importance et le fait d’aborder d’autres thèmes que ceux proposés a été laissé au libre choix des participantes, tout en s’assurant qu’elles répondaient à toutes les questions.
Une deuxième série d’entrevues sous la forme d’entrevues de groupe ou focus group, nous a permis plus tard, de travailler également sur trois thèmes ou questions principales qui étaient de :
reprendre les thèmes les plus récurrents, dégagés lors des entrevues individuelles afin de les prioriser à nouveau et de les approfondir;
définir ensemble des modalités afin de faire passer les préoccupations priorisées sur les dossiers défendus par la Table;
identifier comment devenir actrices à la Table tout en favorisant une solidarité de toutes les femmes.
Cette recherche-action repose donc sur trois types de données : une analyse documentaire, une analyse des entrevues individuelles et des focus group. L’analyse documentaire portera sur un recensement des recherches antérieures sur les femmes immigrantes et la diversité culturelle, principalement dans le mouvement et les organisations féministes. Puis, la systématisation des entrevues et des focus group nous a permis enfin d’analyser au plan pratique, la prise en compte de cette variable au sein d’une organisation féministe régionale : la Table des groupes de femmes de Montréal.
1.4 Revue de la littérature sur le sujet
1.4.1 Les recherches antérieures sur les femmes immigrantes et réfugiées
Les femmes immigrantes et réfugiées font l’objet de très peu de recherches alors que les recherches sur l’immigration et les immigrants sont relativement importantes. Beaucoup de chercheures et chercheurs ont soulevé ce problème et ont relevé l’urgence de s’intéresser aux femmes immigrantes et réfugiées. Certains auteurs expliquent cela par les priorités des organismes finançant les recherches (gouvernements, universités, etc.) d’où sont souvent exlues les femmes immigrantes. (Condition féminine Canada, 1997).
Les travaux portant sur les femmes immigrantes et réfugiées, aussi bien en anglais qu’en français, ont surtout porté sur les incidences importantes des politiques canadiennes en matière d’immigration, sur les inégalités économiques et sociales et entre les sexes (Abu Laban, 1995; Boyd, 1987, 1990 et 1991 et Labelle, 1990). Plusieurs travaux se sont penchés particulièrement sur le parrainage, et leur activité sur le marché du travail ainsi que les obstacles rencontrés dans l’accès au marché du travail (Labelle et al., 1987) (Labelle, 1990). Plusieurs travaux ont également porté sur les travailleuses domestiques et leurs problèmes spécifiques (Cohen, 1991; Boti et Smith, 1994).
D’autres travaux ont porté sur la maîtrise de la langue et la non-reconnaissance des diplômes et des expériences antérieures (Lamotte et El Haili, 1991) et d’autres sur la santé des femmes immigrantes (voir plusieurs travaux du Centre d’excellence pour la santé des femmes, Consortium Université de Montréal) ont été aussi souvent réalisés.
En ce qui concerne une méthodologie propre aux recherches sur les femmes immigrantes, quelques travaux ont été réalisés (Martin, 1992; Vatz Laroussi et al., 1995).
1.4.2 La prise en compte de la diversité culturelle dans le mouvement et les organisations féministes
Ce que l’on peut constater, c’est que les groupes communautaires ont plus axé leurs travaux sur la violence familiale. Et les recherches sur les pratiques des groupes de femmes qui ont réussi à être plus inclusifs sont quasiment inexistantes.
Mais, les analyses sur le féminisme comme produit de la société occidentale reposant sur le postulat d’une oppression commune des femmes dans un système patriarcal, ont fait l’objet de plusieurs recherches qui démontrent l’existence d’une oppression multiple entre les femmes elles-mêmes (Hooks, 1981; Ramanazoglu, 1989) et plus précisément au Québec (Jumelle, 1991; Ship, 1991).
Des recherches ont été faites aussi sur les modalités organisationnelles au sein des groupes féministes qui ont masqué les différences réelles entre les femmes (Riger, 1984; Weil, 1986; Schwarz-Shea et Burrington, 1990) ainsi que l’oppression des femmes par des femmes (Ferree et Hess, 1985; Smith, 1983 et 1986; Ryan, 1986; Ramanazoglu, 1989; Paul, 1993). Sur les groupes de femmes noires anglophones de Montréal (Jumelle, 1991; Ship, 1991; Barbot-Lymburner, 1992), sur les rapports conflictuels entre les femmes de la majorité et les femmes des minorités et l’intégration des revendications et des réalités des femmes immigrantes (D’Amours et Gauthier, 1990; Escomel, 1990; Landry, 1990; Collectif des femmes immigrantes, 1990; Jumelle, 1991; Juteau-Lee, 1991; Ship, 1991; Barbot-Lymburner, 1993; Relais-femmes, 1993; l’R des centres de femmes du Québec, 1994). Concernant les pratiques d’empowerment, récemment (Ginette Berteau, 2000) et les pratiques organisationnelles féministes (Josée Belleau, 1994).
1.5 Portrait des participantes
1.5.1 Participantes membres du Caucus (1999-2000)
Le premier échantillon retenu dans le cadre de cette enquête a été le Caucus des communautés culturelles et des nouvelles arrivantes de la Table (1999-2000). Sa composition est très diversifiée par plusieurs aspects. En premier lieu, sur huit répondantes, sept sont représentantes d’un groupe membre, une seule fait partie d’un groupe non membre de la Table. Deuxièmement, sur huit groupes représentés au Caucus, un seul est un organisme de défense de droits, les autres sont des groupes de femmes ou des organismes assurant des services auprès de femmes immigrantes ou de femmes en général et s’identifiant comme participant à des actions collectives.
Tableau 1 - Groupes ou organismes représentés au Caucus des communautés culturelles (1999-2000)
| Nom de l’organisme | Organisme membre de la Table |
Activités et objectifs de l’organisme |
|
Groupe 1 |
oui |
services, référence. |
|
Groupe 2 |
non |
services aux immigrants, projet femmes, référence. |
|
Groupe 3 |
oui |
services, éducation, actions collectives. |
|
Groupe 4 |
oui |
services, éducation, actions collectives. |
|
Groupe 5 |
oui |
services, références, actions collectives. |
|
Groupe 6 |
oui |
défense des droits, éducation et sensibilisation. |
|
Groupe 7 |
oui |
services, actions collectives. |
|
Groupe 8 |
oui |
services aux immigrants, références. |
L’échantillon ne regroupe pas non plus que des femmes de diverses origines, cinq sont des femmes immigrantes au sens courant du terme, puisqu’elles ne sont pas nées ni au Québec, ni dans une autre province du Canada, deux sont des femmes nées ici, de parents immigrants et une est une femme québécoise d’origine.
Même si elles ne peuvent représenter à elles seules l’ensemble des situations et des perspectives des femmes de diverses origines, les huits participantes représentent des situations très différentes, quant à leurs origines et leurs statuts. Deux d’entre elles sont arrivées comme réfugiées au Québec ou au Canada, deux sont arrivées comme immigrantes, une est arrivée comme étudiante, deux sont nées ici de parents immigrants, une est québécoise d’origine. Parmi celles qui ne sont pas nées ici, une est arrivée vers le milieu des années 70, une vers la fin des années 80, et trois dans la première moitié des années 90.
Tableau 2 - Origine des participantes membres du Caucus
|
Origine des participantes |
Nombre |
|
Burundi |
1 |
|
Espagne |
1 |
|
Algérie |
2 |
|
Chili |
1 |
|
Québec (de parents immigrants, Italie, Grèce) |
2 |
|
Québec |
1 |
|
Total |
8 |
Tableau 3 - Statut des participantes membres du Caucus à leur arrivée
|
Statut des participantes à l’arrivée |
Nombre |
|
Immigrantes |
2 |
|
Réfugiées |
2 |
|
Étudiantes |
1 |
|
Nées ici |
3 |
|
Total |
8 |
Tableau 4 - Période d’arrivée des participantes membres du Caucus
|
Période d’arrivée |
Nombre |
|
Années 70 |
1 |
|
Années 80 |
1 |
|
Années 90 |
3 |
|
Nées ici |
3 |
|
Total |
8 |
Tableau 5 - Niveau de scolarité d’origine ou d’ici
|
Niveau de scolarité |
Nombre |
|
Secondaire |
1 |
|
Collégial |
2 |
|
Universitaire |
5 |
|
Total |
8 |
Maîtrise de la langue française
Les huit participantes maîtrisaient le français.
1.5.2 Portrait des participantes de la base
Initialement, le nombre prévu de participantes de la base était de seize, soit deux par groupe représenté au Caucus, mais face aux difficultés à établir un contact et à se rencontrer et par rapport au temps imparti à la recherche, nous nous sommes limitées à huit femmes de la base. Même si elles ne peuvent représenter à elles seules, comme pour les participantes du Caucus, l’ensemble des situations et des perspectives des femmes de diverses origines, les huits participantes représentent une variété de situations quant à leur statut, leur durée d’établissement et une représentation suffisante des particularités de l’immigration de ces dix dernières années, c’est-à-dire surtout non européenne.
Trois d’entre elles font partie des anciennes communautés (italienne et cambodgienne) avec une arrivée située entre cinquante et vingt ans. Ce qui pose évidemment le problème de la qualification d’immigrante de ces participantes. Cinq d’entre elles sont arrivées durant ces dix dernières années, avec des durées d’établissement situées entre sept et un an.
Tableau 6 - Origine des participantes de la base
|
Pays d’origine |
Nombre |
|
Italie |
2 |
|
Cambodge |
1 |
|
Roumanie |
1 |
|
Maroc |
1 |
|
Rwanda |
1 |
|
Liban |
1 |
|
Sri Lanka |
1 |
|
Total |
8 |
Tableau 7 - Statut des participantes de la base à leur arrivée
|
Statut des participantes à leur arrivée |
Nombre |
|
Immigrantes |
6 |
|
Réfugiées |
2 |
|
Total |
8 |
Tableau 8 - Durée d’établissement des participantes de la base
|
Durée d’établissement/années |
Nombre |
|
50 |
1 |
|
46 |
1 |
|
20 |
1 |
|
7 |
1 |
|
4 |
1 |
|
3,5 |
1 |
|
2 |
1 |
|
1 |
1 |
|
Total |
8 |
Tableau 9 - Niveau de scolarité des participantes de la base
|
Niveau de scolarité |
Nombre |
|
Primaire |
2 |
|
Secondaire |
1 |
|
Collégial |
1 |
|
Universitaire |
4 |
|
Total |
8 |
Maîtrise de la langue française
Sur ces huit participantes de la base interviewées, la présence d’une traductrice a été nécessaire dans un cas, et deux se sont exprimées en français et en anglais parce qu’elles avaient de la difficulté à exprimer leurs idées seulement en français. Parmi ces deux femmes, une est arrivée, il y a quarante-six ans et l’autre, il y a un an. Mais cette dernière a tenu à s’exprimer d’abord en français et a utilisé l’anglais de façon intermittente, bien qu’elle suive encore actuellement des cours de français.
1.5.3 Portrait des participantes du Caucus (2000-2001)
Pour les focus group, les participantes étaient les mêmes, mais des membres du Caucus de l’année 2000-2001 s’y sont ajoutées. Il en fut de même pour les focus group des femmes de la base et pour le focus group qui a rassemblé les participantes du Caucus et de la base.
Les participantes supplémentaires du Caucus de l’année 2000-2001, étaient au nombre de trois, dont une d’origine européenne, une d’origine algérienne et une québécoise d’origine. Deux étaient de groupes membres de la Table et une seule était d’un groupe non membre. Pour les partipantes de la base, deux se sont ajoutées dont l’une était d’origine haïtienne et l’autre d’origine zaïroise.
CHAPITRE 2 : RÉALITÉS ET PRISE EN COMPTE DE LA DIVERSITÉ ETHNOCULTURELLE
2.1 Réalités et perceptions quant aux obstacles des femmes de diverses origines à Montréal
2.1.1 Un manque criant de données sur les femmes de diverses origines
Les données statistiques concernant les femmes issues des communautés culturelles étant très peu nombreuses, il nous a paru intéressant de dresser en premier lieu, un portrait général de la population immigrante de la région de Montréal. En espérant qu’il soit révélateur et nous permette malgré tout de percevoir les expériences et les situations différentes des femmes immigrantes et des hommes immigrants, mais aussi des femmes nées à l’extérieur du pays et des femmes nées ici.
Caractéristiques générales de la population immigrante de la région de Montréal :
Avec une population totale de 1 775 846 00 habitants[3], l’île de Montréal représente environ
25% de la population québécoise. La population immigrante se retrouve à près de 90% dans la seule région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal[4] et l’île de Montréal reçoit 80% des nouveaux arrivants chaque année.[5]
La population immigrante est de 462 910 personnes, et ne représente que les personnes nées à l’extérieur du Canada. Sa caractéristique principale, c’est que 25% d’entre elles sont arrivées entre 1991 et 1996 et que près d’une personne sur trois vit sur le territoire de la ville de Montréal.[6]
Autre caractéristique importante de cette population, c’est qu’elle est surtout originaire de pays non européens. Près de 45% de ces immigrantes et de ces immigrants proviennent surtout de l’Asie et du Moyen-Orient, alors qu’avant 1991, ils ne représentaient que 25% et que les Européens représentaient 48% de ces immigrants.[7]Alors que cette immigration était essentiellement européenne jusqu’aux années 1960, depuis, une part importante de ces immigrants provient de l’Asie, d’Afrique, des Caraïbes, d’Amérique latine et du Moyen-Orient.
Ainsi, la proportion de personnes d’origine autre que française ou britannique a augmenté de façon sensible, passant de 29% en 1986 à 36,4% en 1999. Selon le dernier recensement de 1996, près de la moitié de la population de Montréal (43%) se déclare d’origine autre que canadienne, française, britannique, québécoise ou autochtone, soit 348 715 personnes contre 428 335 pour le reste de la région métropolitaine de Montréal.[8]
18% des habitants de l’île de Montréal s’identifient comme membres d’une minorité visible et le groupe des Noirs représente environ 30% des membres des minorités visibles et 6% de la population totale.[9]
Selon la Ville de Montréal, Montréal compte 203 695 personnes issues des minorités visibles.[10]
Les principaux groupes identifiés sont :
· les Noirs 62 480 31 %
· les Arabes ou Asiatiques occidentaux 30 040 15 %
· les Latino-Américains 29 055 14 %
· les Sud-Asiatiques 25 380 13 %
· les Asiatiques du Sud-Est 21 670 11 %
· les Chinois 19 555 10 %
· les Philippins 9 095 4 %
· les Coréens 1 730 0,9 %
· les Japonais 960 0,5 %
Mais il faut rappeler, comme le précise bien Lise Moisan[11] que 13 % des membres des minorités visibles de l’île de Montréal sont nés au Canada. Ce qui signifie que cette population, comme un bon nombre de la population appelée encore membres des communautés culturelles, est en fait aussi née au Canada.
Concernant le niveau de scolarité, on remarque une plus forte proportion de diplômés dans la population immigrante récente, dont 34%, âgée entre 25 et 44 ans, a terminé des études universitaires, contre 19% pour la population du même groupe d’âge, née ici.[12]
La place du français à Montréal
Pour 580 575 personnes, y compris des immigrantes et des immigrants, soit la plupart des Montréalais (60%), le français est la langue maternelle. Près de 500 000 personnes, soit 50% de la population de Montréal est bilingue, contre 300 000 personnes (37%) qui ne connaissent que le français, 100 000 personnes (10%) qui ne connaissent que l’anglais et quelque 36 000 personnes (3,6%) qui ne connaissent ni le français ni l’anglais.[13]
Contrairement aux stéréotypes véhiculés, presque tous les immigrants et immigrantes qui arrivent au Canada et donc même au Québec, peuvent parler au moins une des deux langues « officielles » canadiennes. Le recensement de 1991 révélait que 94% d’entre eux pouvaient suivre une conversation en anglais ou en français. Les 6% restants ne pouvaient parler ni le français ni l’anglais.[14]
En fait, d’après le rapport du Congrès du travail du Canada[15], les principaux problèmes de langue sont plutôt l’accent qui a une incidence sur leur perspective sociale et économique, l’acquisition d’une langue qui puisse être utilisée sur le marché du travail (soit l’anglais, soit le français) et enfin, un niveau suffisant de connaissance linguistique pour pouvoir s’adapter et décrocher un emploi.
Un portrait des femmes immigrantes
Aucune donnée ne nous a permis de déterminer, pour l’instant, le nombre exact et la proportion des femmes immigrantes de l’île de Montréal par rapport à l’ensemble des femmes de l’île. L’ensemble des femmes de l’île représente 52 % de la population totale de l’île[16] et les femmes immigrantes représentent, elles aussi, environ 52 % de la population immigrante de l’île.[17]
Origines et niveaux de scolarité
Comme pour la population immigrante de ces dernières années, la majorité des femmes immigrantes provient de pays non européens, mais présente aussi une caractéristique particulière, puisque 31 % d’entre elles sont diplômées universitaires (contre 36 % pour les immigrants de sexe masculin).[18]
Taux de chômage
Si parmi cette catégorie des femmes immigrantes ayant complété des études universitaires, le taux de chômage est plus bas que celui des hommes de la même catégorie, (6,7% contre 8,1%), il reste que le chômage chez les femmes immigrantes en général, est plus élevé que celui des hommes immigrants.[19] Mais nous n’avons, pour l’instant, aucune donnée sur la proportion du chômage des femmes immigrantes par rapport à l’ensemble des femmes de l’île de Montréal.
Concernant le taux de chômage des femmes des minorités visibles, nous n’avons que des données sur celles nées ici, qui s’élève à 18,3 % (contre 21,4 % pour les hommes de la même catégorie). Quant aux gains d’emploi de cette catégorie, ils sont de 15 % inférieurs à la moyenne nationale.
Taux d’activité
À l’échelle de l’île, on constate un taux d’activité des femmes en général, tous âges et niveaux de scolarité confondus, de 53,2% comparativement à 68% pour celui des hommes; on remarque également un revenu moyen des femmes en général, équivalent à 68 % de celui des hommes.[20]
Martine d’Amours remarquait, en 1985, selon les chiffres du MCCI, que les femmes immigrantes avaient un taux d’activité légèrement supérieur à celui des femmes nées au Québec, 49,8% contre 47,3%, 40% d’entre elles occupaient les emplois les moins rémunérés et se situaient au bas de l’échelle.[21]
Situation de l’emploi
Concernant l’emploi, et selon une étude récente, les immigrantes ne rattrapent en moyenne les gains des femmes nées ici qu’après 13 ans d’établissement (quant aux gains des immigrants et des immigrantes, ils ne ratttrapent ceux des hommes nés au Canada qu’après 18 ans).[22]
Concernant les types d’emploi occupés, les immigrantes sont moins susceptibles que les immigrants d’avoir un emploi à temps plein.[23]
Revenus
En 1990, la moyenne des revenus des immigrants était plus élevée que celle des personnes nées au Canada. Cependant, 19% des immigrants avaient un faible revenu, contre 15% pour les personnes nées au Canada.[24] Ce qui souligne surtout la pauvreté des femmes immigrantes, puisqu’à cette époque le revenu des immigrants était deux fois plus élevé que celui des immigrantes.
Pauvreté
En 1995, 79% des femmes appartenant aux minorités visibles étaient des immigrantes et leur taux de pauvreté était le plus élevé, comparativement à celui des immigrants et immigrantes ainsi qu’à celui des femmes et des hommes appartenant aux minorités non visibles.[25]
Secteurs d’activité
Les secteurs d’activité où l’on retrouve le plus d’immigrants et d’immigrantes sont le travail autonome, parce qu’ils n’ont souvent aucune perspective de carrière. Si les immigrants sont plus susceptibles d’occuper un poste de gestion et de travailler dans le secteur manufacturier que les hommes nés ici, les immigrantes elles, sont plus susceptibles d’occuper un emploi dans le secteur manufacturier que les femmes nées au Canada, mais sont moins susceptibles d’occuper un poste de gestion. Mais en général, on remarque que les personnes immigrantes sont surreprésentées dans le secteur manufacturier et celui de la construction alors que les femmes immigrantes sont surreprésentées dans le secteur manufacturier et celui des services.[26]
Effets de la mondialisation et intérêt d’une approche différenciée
Cette surreprésentation des immigrantes dans les secteurs sus-nommés a des conséquences bien précises qui sont reliées au fait qu’on assiste actuellement au Canada, à une contraction du secteur manufacturier - une incidence de la mondialisation et du libre-échange sur ces secteurs (ex. : cycle de production de 24h.) - et à une tendance vers un travail atypique (travail à temps partiel, occasionnel, par quart, etc.) sans avantages sociaux avec des horaires de travail hebdomadaires imprévisibles et enfin, avec les changements technologiques, à de nouvelles contraintes nécessitant de moins en moins de cols bleus et une meilleure connaissance de l’anglais et du français.[27]
Ce que l’on peut également relever d’important comme caractéristique globale dans le portrait des femmes immigrantes, qu’elles soient ou non membres de minorités visibles, c’est que pour ces dernières années, elles sont moins présentes sur le marché du travail, aussi bien par rapport aux hommes de leur catégorie, que par rapport aux femmes de la population générale, avec des écarts marqués pour certains groupes. Lise Moisan[28] cite le cas des femmes d’origines arabe, latino-américaine et sud-asiatique. Mais elle relève aussi le cas des femmes des Philippines dont le taux d’activité est très élevé, mais sans préciser dans quel secteur d’activité, bien que nous pensions qu’il s’agit surtout des secteurs du travail domestique et manufacturier.
Nous pouvons noter également que concernant les salaires, les écarts entre les femmes et les hommes des minorités visibles et les femmes et les hommes nés ici sont révélateurs de la plus grande pauvreté des femmes des minorités visibles, bien qu’on notera un taux de syndicalisation des femmes des minorités visibles plus important que celui des hommes de la même catégorie.
Tableau 10 - Salaires des minorités visibles, Canada, 1993[29]
|
($/heure) |
Tous les travailleurs |
Hommes |
Femmes |
||||
|
Tous les travailleurs |
Syndiqués |
Non syndiqués |
Syndiqués |
Non syndiqués |
Syndiquées |
Non syndiquées |
|
|
Tous les travailleurs |
14,41 |
18,03 |
12,75 |
18,98 |
14,23 |
16,81 |
11,25 |
|
Minorités visibles |
12,66 |
15,04 |
11,84 |
15,77 |
12,81 |
14,31 |
10,78 |
Tableau 11 - Taux de syndicalisation, Canada, 1993[30]
|
Tous les travailleurs |
Hommes |
Femmes |
|
|
Tous les travailleurs |
31,3 % |
33,8 % |
28,6 % |
|
Minorités visibles |
25,8 % |
24,8 % |
26,7 % |
Pour conclure, mis à part les statistiques en termes de population, il est important de souligner que la plupart des autres données, même différenciées, ne concernent pas proprement dit Montréal ou sa région, mais sont des données globales sur les femmes immigrantes au Québec ou au Canada.
2.1.2 Une absence d’analyse des effets des politiques sur les femmes immigrantes
À titre d’exemple, nous verrons ici, comment les politiques de compressions budgétaires ont eu certains effets particuliers sur les femmes immigrantes, comme le souligne en particulier un rapport du Congrès du travail du Canada de 1998.
Si l’économie du Québec accuse actuellement une croissance et qu’il s’ensuit une politique de compressions moins importantes, il faut tout de même noter que les effets des politiques de compressions des dernières années ont eu des impacts importants sur la population en général et sur la population immigrante en particulier.
L’étude d’Elisabeth Kwan[31] sur l’impact des effets des dernières compressions budgétaires et de transfert des programmes sociaux sur les immigrants et les réfugiés démontre bien les effets spécifiques de ces politiques sur ces populations. Au cours des années 90, marquées par une récession et une faible relance économique, on constate une incidence particulière sur ces catégories et notamment sur les femmes immigrantes et réfugiées. Bien que toutes les données ne concernent pas toujours les femmes immigrantes et réfugiées au Québec, certaines données les concernant au Canada en général restent tout de même intéressantes à relever.
Au niveau des services sociaux au Québec, certaines mesures vont toucher particulièrement les personnes parrainées qui sont majoritairement des femmes lorsque le lien de parrainage est rompu, très souvent pour cause de mauvais traitement, un problème de santé mentale dû à un très grand stress, à des frais imprévus dans la famille à la suite d’une maladie, ou à la perte d’emploi du répondant, etc. Le répondant, souvent un homme, s’endettera jusqu’à concurrence des prestations d’aide sociale reçues par la personne parrainée. Cette situation entraîne des difficultés indûes pour les répondants et la personne parrainée s’expose ainsi à des abus.
Concernant les droits d’établissement, on a pu constater aussi que les services d’établissement ont été réduits ces dernières années et qu’en parallèle les droits d’établissement ont augmenté.
Tableau 12 - Barême de droits depuis 1997[32]
|
Droits de citoyenneté |
|
|
Droits de devenir citoyen |
100 $ |
|
Droits d’immigration |
|
|
Droits exigés pour l’établissement |
975 $ |
|
Demande de résidence permanente |
|
|
· Pour chaque demandeur et demandeuse, conjoint et personne à charge de 19 ans ou plus |
500 $ |
|
· Demande pour les gens d’affaires |
1 000 $ |
|
· Personne à charge de moins de 19 ans |
100 $ |
|
Autorisation d’emploi (individuelle) |
150 $ |
|
Autorisation d’études |
125 $ |
La réforme du Programme d’assurance-emploi a eu aussi des répercussions importantes sur les femmes immigrantes car il favorise surtout les travailleurs et les travailleuses qui demeurent dans la population active et les pénalise du fait qu’elles occupent plus souvent un travail à temps partiel ou intermittent. Car, avec ce nouveau programme, il leur faut un plus grand nombre d’heures de travail pour être admissibles à des prestations.
Concernant la formation, pendant la transition de l’assurance-chômage à l’assurance-emploi, les fonds consacrés à la formation des nouveaux arrivants au Canada ont été radicalement réduits. Or nombreux sont ceux qui décrochaient leur premier emploi grâce à ces fonds. Aujourd’hui, la formation n’est plus accessible aux immigrants et aux immigrantes et aux réfugiés et aux réfugiées qui n’ont pas droit à l’assurance-emploi.
L’intérêt de cette section était de démontrer l’importance d’une approche différenciée aussi bien concernant les données, que les effets des politiques sur les femmes de diverses origines. Mais ces femmes ont aussi leurs propres perceptions de leurs situations et des obstacles spécifiques qu’elles vivent quant à leur intégration et participation à la société en général et dans les groupes ou organismes où elles travaillent ou s’impliquent.
2.1.3 Des obstacles spécifiques
Les résultats de l’enquête de terrain ont mis en exergue plusieurs obstacles. Mais, ces obstacles n’ont évidemment pas été priorisés dans un même ordre, lors des entrevues individuelles et de groupe, par les participantes du Caucus et de la base. Le fait qu’ils aient été récurrents m’a paru le plus important (sans pour autant avoir quantifié ces thèmes récurrents). Bien sûr, la priorisation et la récurrence dans le même temps, ont facilité la mise en évidence de ces obstacles.
Les discriminations en emploi et la non-reconnaissance des diplômes
Comme obstacles récurrents et priorisés, on retouve les discriminations reliées à l’emploi et la mise en évidence de la non-reconnaissance des diplômes ou des acquis antérieurs. Ceci s’explique certainement par le fait que la majorité des participantes sont des niveaux collégial ou universitaire et ont, soit subi cette non-reconnaissance ou y sont sensibles.[33]
Concernant les discriminations en emploi, une des participantes du Caucus dira :
« Il y a des discriminations, voire un racisme caché, à l’embauche surtout… ».
Deux participantes de la base ajouteront :
« Il y a des discriminations en emploi pour les immigrantes en plus de la compétition : c’est surtout au niveau des salaires et de la promotion. »
« Il y a des discriminations même au niveau des Centres d’emploi, qu’on ressent par l’attitude des agents qui nous reçoivent. »
Mais c’est surtout la non-reconnaissance des diplômes qui est perçue comme un obstacle à l’emploi, pour la majorité des participantes :
« Les équivalences fournies par le MRCI ne servent strictement à rien, car de toute façon les diplômes ne sont pas reconnus par les employeurs. »
« Les perspectives d’emploi sont toujours incompatibles avec le domaine de formation ou de spécialisation… »
« Il y a une sous-évaluation des diplômes et des expériences de travail par les employeurs et les institutions (écoles, universités). Même le MRCI qui délivre les équivalences sous-évalue les diplômes obtenus ailleurs. »
La non-reconnaissance des diplômes est également perçue comme un obstacle à la poursuite d’études ou de formations, mais aussi par l’obligation qu’elle impose de reprendre des études à un moment qui n’est pas choisi :
« Je me suis inscrite à une maîtrise, mais l’université m’a imposé des cours pré-requis de niveau Bac. Malheureusement, j’ai eu un échec pour un de ces cours et j’ai été exclue du programme de maîtrise. Maintenant, je cherche du travail… » dira une participante de la base.
« La non-reconnaissance des diplômes nous oblige à une reprise de nouvelles études ou à une réorientation, même si ce n’est pas le moment pour nous de le faire, parce qu’on a de jeunes enfants, par exemple! »
D’autres types de discriminations sont également cités, institutionnelles par exemple :
« Il y a des discriminations et un racisme institutionnels, par exemple, les blocages établis par les corporations professionnelles. »
« Les banques ne prêtent pas aux femmes immigrantes qui veulent se lancer en affaires. Car elles n’ont pas d’historique de crédit. »
Les femmes interviewées ont également fait référence aux écoles et pensent qu’il y a des discriminations dans leur accès :
« Les écoles sont soit québécoises francophones ou carrément « multiethniques ». Ce qui crée des écoles ghetto. Il n’y a pas de juste milieu. »
Lors des entrevues de groupe, les discriminations et la non-reconnaissance des diplômes ont été à nouveau abordées, et ce sont les discriminations en emploi qui ont toujours été mises en avant, même si d’autres discriminations sont citées, notamment systémiques :
« Concernant les discriminations, même si elles sont raciales avant tout, elles touchent surtout à l’emploi, au logement (surtout pour les femmes immigrantes monoparentales) et sont surtout reliées à un système. »
« La non-reconnaissance des diplômes, c’est la discrimination la plus mise en avant, parce qu’actuellement, c’est la plus importante. Mais, les autres discriminations sont tout aussi importantes. »
« L’obstacle principal, c’est le problème de la non-reconnaissance des diplômes et des acquis antérieurs, qui pose un problème au niveau de l’emploi et qui nous oblige à recommencer nos études. »
La barrière linguistique et culturelle concerne bien sûr la connaissance du français comme obstacle à l’intégration et les différentes difficultés d’accès aux cours de français (mais dans le cas de cette recherche, une minorité des participantes ne maîtrisait pas le français). C’est donc surtout la non-connaissance de l’anglais qui est perçue comme un obstacle pour l’emploi, ainsi que des codes culturels différents et l’accent, même si on parle le français :
« Il y avait beaucoup de difficultés à accéder à un cours de français ou d’anglais pour les anciennes communautés. »
« C’est très difficile de suivre des cours de français à cause de l’éloignement ou des problèmes de garde des enfants. »
« La connaissance du français est indispensable mais, quand on connaît le français, il y a une nouvelle barrière : l’anglais. »
« Lorsqu’on connaît le français, la barrière devient l’anglais surtout pour l’emploi. »
« Même si on parle le français, on ne veut jamais dire la même chose, il faut décoder l’autre culture. »
« Lorsqu’on connaît le français, cela ne suffit pas, il faut apprendre une certaine formulation «québécoise», surtout dans le milieu de travail. »
« On peut être discriminée même par l’accent, les employeurs ne regardent pas la compétence avant tout. »
La barrière linguistique a surtout été priorisée par les participantes du Caucus, probablement parce que travaillant auprès des nouvelles arrivantes, elles connaissent bien les problèmes d’accès aux cours de français :
« La barrière linguistique reste aussi importante car les obstacles à la francisation restent importants, notamment les problèmes de garderie, les allocations, et pour certaines catégories de femmes comme les femmes réfugiées et les femmes parrainées. »
La pauvreté est considérée comme un obstacle important qui touche beaucoup plus certaines catégories de femmes, compte tenu de leur statut et de leur situation familiale, notamment les femmes réfugiées et les femmes monoparentales. Mais cette pauvreté s’explique aussi par la perception que les femmes immigrantes acceptent plus de descendre dans l’échelle professionnelle par rapport aux hommes immigrants, alors qu’aucune étude ne le prouve. Enfin, la dernière cause évoquée de la pauvreté est la précarité des emplois occupés :
« Les coûts des frais reliés à l’obtention du statut d’immigration sont élevés, pour les femmes arrivées comme réfugiées surtout. »
« J’ai eu beaucoup de difficultés financières, comme monoparentale avec un enfant, surtout en gagnant un salaire minimum, pour payer la garderie, le loyer, etc. »
« Les femmes immigrantes acceptent plus de descendre dans l’échelle professionnelle que leurs conjoints… »
« Il y a une pauvreté liée à la précarité des emplois occupés et des difficultés encore plus graves pour les femmes réfugiées, parrainées et monoparentales… »
Lors des entrevues de groupe avec les participantes de la base, la pauvreté a été définie comme la source de plusieurs autres obstacles :
« La pauvreté, c’est la cause de plusieurs obstacles à la fois. Quand on est pauvre, on est isolée, on n’ose pas parler le français, on perd son estime de soi…Quand on est pauvre, on a peur aussi. »
Les préjugés sont perçus comme un obstacle majeur et surtout comme une atteinte à « l’individualité » de la femme « immigrante », au pluralisme et ils existent dans différents milieux, institutionnels, communautaires, etc., particulièrement à l’égard de certaines communautés. Ce regard de l’Autre n’est pas accepté par certaines participantes, mais reste qu’elles reconnaissent que des préjugés existent de leur côté également :
« Les femmes immigrantes sont prisonnières de préjugés : étrangères, pauvres, etc. »
« Il y a des préjugés et stéréotypes et pas d’individualité chez les femmes immigrantes, les jugements se font par communauté d’appartenance. Il y a des préjugés tenaces notamment à l’égard de certains groupes : les femmes noires, les femmes arabes. »
« On me parle automatiquement anglais parce que je suis immigrante, alors que je parle le français »
« À l’université, j’ai constaté qu’il y avait beaucoup de préjugés par rapport à mon pays d’origine de la part des enseignants et des étudiants. »
« Une fois mon employeure m’a dit : Avez-vous des routes chez vous ? »
« On est dans un système qui donne peu d’espace aux différences, sauf si on accepte un enfermement dans sa communauté. »
« Les femmes immigrantes vivent une recomposition identitaire qui passe par un regard de l’autre qui dérange : On passe alors plusieurs étapes : honte, refus, lutte. »
Les problèmes au sein de la famille
« Ils [les problèmes au sein de la famille] sont liés aux changements de rôles dans la famille. Exemple : la femme travaille, le conjoint non. Ce qui engendre des conflits. »
« On peut voir des problèmes de couple lorsque le conjoint se sent dépassé par l’autonomie de la femme. »
« Les femmes immigrantes rencontrent des difficultés à assumer beaucoup trop de problèmes à la fois et cela engendre des répercussions au niveau de la famille, une défaillance affective, par le peu de temps accordé aux enfants. »
« Elles sont dépassées au niveau de la famille, lorsqu’elles font beaucoup de choses en même temps. »
« Pour les femmes au foyer, il y a des problèmes d’autonomie. »
« Il y a des conflits entre les parents et les enfants qui s’intègrent plus vite : les parents vivent cela comme une perte d’identité. »
Au cours des focus group, les problèmes au sein de la famille ont été abordés, mais les participantes pensent que « c’est le problème de la conciliation travail-famille qui est le plus important dans ce cadre. »
« Il y a une dévalorisation des femmes immigrantes par elles-mêmes, par exemple en entrevue pour un emploi, elles ne savent pas se valoriser. »
« Elle est liée à une perte de l’estime de soi, un manque d’assurance, la conviction que certains postes ne sont pas pour elles. Il y a aussi les difficultés reliées à une reprise en main. »
« Les difficultés reliées à une reprise en main de sa vie, sont dues aux perspectives qui restent très limitées. La reprise d’études entraîne un endettement, des difficultés financières lorsqu’on est sous le régime des prêts et bourses et la difficulté à assumer plusieurs choses à la fois. »
Des obstacles spécifiques priorisés par les participantes du Caucus
Si plusieurs des participantes du Caucus ont défini les obstacles rencontrés par une combinaison de facteurs, c’est surtout parce qu’il leur était difficile de prioriser un élément par rapport à un autre.
D’autre part, leur pratique comme travailleuses auprès de femmes immigrantes a certainement influencé leur analyse. On pourrait résumer ce qu’elles voulaient exprimer comme une combinaison de facteurs déterminants qui n’encouragent pas vraiment l’intégration des femmes immigrantes, impliquant aussi bien des politiques, que des situations concrètes.
Cette combinaison incluait :
« La non-reconnaissance des diplômes et des expériences antérieures et la difficulté à trouver du travail, sans expérience canadienne. »
Puis : « L’occupation d’emplois sous-qualifiés : ce qui entraîne une perte de l’estime de soi et une dévalorisation. »
Et enfin : « Le problème de la surqualification et l’obligation d’élaborer des curriculum vitae sur mesure, en occultant certains diplômes et expériences, afin de s’adapter aux postes sous-qualifiés. »
Lors des entrevues de groupe, les participantes ont quand même souhaité que les obstacles soient priorisés clairement, puisque leur identification permettrait d’élaborer un plan d’action clair et précis.
La faiblesse de la représentation est soulevée par rapport aux problèmes d’identification qu’elle occasionne (aussi bien pour elles que pour leur famille), par rapport aux institutions en général, ainsi que par rapport aux groupes de femmes et leurs luttes :
« Peu représentées, les femmes immigrantes ne s’identifient pas aux institutions, ni aux groupes de femmes et à leurs luttes. Il y a des inquiétudes concernant cette sous-représentation surtout pour leurs enfants. Comment vont-ils s’identifier aux institutions de leur nouveau pays, auront-ils une place dans leur nouveau pays, même s’ils sont nés ici ? »
Pour les participantes du Caucus, le stress lié au changement est dû à plusieurs raisons dont notamment : « …un fossé énorme entre les attentes et la réalité », « le deuil de la famille élargie, les pertes des réseaux d’amis, l’isolement » et enfin « la méconnaissance des réseaux de santé. »
Lors des discussions en groupe, et d’après leurs expériences et perceptions, la plupart des participantes ont considéré que le stress lié au changement était surtout relié, soit au statut, soit à la durée d’établissement car il ne touchait les femmes immigrantes que durant les trois premières années surtout. Pour certaines, le « stress lié au changement », n’est pas forcément relié au changement de pays, mais à l’isolement et au choc culturel, car le système de valeurs change fondamentalement et les femmes immigrantes passent d’un système basé sur une certaine solidarité à un système fondé sur l’individualisme, même au sein de leurs propres communautés.
Des obstacles spécifiques priorisés par les participantes de la base
L’isolement qui a été un facteur surtout priorisé par les participantes de la base, concerne aussi bien l’isolement lié à la méconnaissance de la langue et les nouveaux codes culturels, mais aussi l’inadéquation des services par rapport aux besoins :
« Je suis arrivée ici, il y a un an et je ne parlais pas la langue, c’est ma famille qui me manque le plus. »
« À mon arrivée, c’est l’anonymat qui m’a frappée, je me suis sentie comme un numéro. »
« On ne peut pas compter sur les intervenantes qui donnent un strict minimum d’informations et on ne peut exprimer toutes nos douleurs. »
« Les organismes communautaires organisent des activités contre l’isolement mais cela reste insuffisant, même si ça m’a permis de rompre un peu cet isolement. ».
Priorisés seulement par les femmes de la base, les problèmes d’information concernent surtout les nouvelles arrivantes et s’adressent aussi bien aux institutions qu’à la communauté d’appartenance :
« Quand on arrive, on nous donne des adresses d’organismes communautaires, mais parfois on ne sait même pas ce que c’est qu’un organisme communautaire. »
« On ne peut pas compter sur les intervenantes qui donnent un strict minimum d’informations… »
« Il y a un manque d’informations dans tous les domaines, surtout pour les études et les formations. »
« Si les problèmes sont importants avec notre propre communauté, c’est parce qu’on nous donne de fausses informations » (à l’intérieur de la communauté.)
« On m’a donné beaucoup de fausses informations à mon arrivée, surtout dans ma communauté et je pense que j’ai fait une erreur en les écoutant. Alors que j’avais un diplôme universitaire, ils m’ont conseillé de refaire une formation collégiale. Je me suis endettée pour faire une formation dans un collège privé et malheureusement, ça ne m’a pas aidée à trouver un emploi. »
Les participantes de la base ont souvent abordé l’obstacle des peurs, à diverses occasions lors des entrevues et même lors des rencontres en groupe. Ce qui nous a permis de débattre sur les causes de ces peurs. Grosso modo, les peurs qu’ont identifiées les participantes de la base et qu’elles perçoivent comme un obstacle important avaient diverses origines dont notamment : la culture d’origine, le manque de confiance en elles, la méconnaissance de la société d’accueil, le regard de l’Autre et le manque d’aide.
« Les femmes immigrantes ont peur de changer et elles ne sont pas conscientes qu’elles peuvent faire beaucoup de choses parce qu’elles doutent beaucoup d’elles-mêmes et la priorité est toujours au mari. »
« Le problème des femmes immigrantes, c’est qu’elles continuent à être soumises à leurs maris, parce qu’elles ont peur. »
« Les femmes immigrantes ont peur de parler de leurs problèmes. »
« Les femmes immigrantes ont des peurs liées à leur pays d’origine. »
« Lorsque je suis arrivée, j’avais peur de sortir après 7h00 du soir. »
« Je ressens toujours une peur de sortir : je ne sors jamais pour moi-même, mais juste pour faire des courses ou aller chez le médecin, et j’ai même peur de travailler, même si j’ai fait une formation en bureautique ici. »
« La peur a causé chez moi, une timidité que je n’avais pas auparavant. Ma peur a été tellement grande, que j’avais peur de sortir de chez moi, de rencontrer d’autres gens. À un moment donné, je ne suis pas sortie pendant deux mois et ce sont mes enfants qui m’ont donné le courage de continuer à vivre. J’avais perdu tout espoir et malgré que j’avais refait une formation, j’avais compris qu’il y avait beaucoup de discriminations et j’ai fini par avoir peur de rencontrer des gens en général, de passer des entrevues, de passer des examens, etc. »
« La meilleure façon de surmonter cette peur, c’est de mieux connaître la société québécoise, les femmes québécoises et leurs peurs à elles aussi. »
« Les peurs, elles sont dues à la dévalorisation, aux discriminations et aux préjugés vis-à-vis des différentes communautés : Russes, Roumaines, femmes arabes, etc. »
« On a peur, parce qu’on ne se sent pas complètement acceptée. »
« Pour surmonter ces peurs, on a besoin de reconnaître cette peur, mais on a ausi besoin d’aide. »
« Il y a cette peur de femmes immigrantes : il faut essayer de savoir d’où vient cette peur et pourquoi ? »
« Très souvent, on ignore pourquoi on a peur. »
Tableau 13 – Tableau-synthèse comparatif des obstacles identifiés lors des entrevues individuelles
Obstacles priorisés dans la trajectoire personnelle de l’ensemble des participantes
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Participantes membres du Caucus |
Participantes de la base |
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Discriminations et emploi |
Isolement |
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Pauvreté |
Barrière linguistique |
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Langue |
Problèmes de reconnaissance des diplômes |
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Famille |
Pauvreté |
|
Problèmes d’information |
|
|
Emploi et discriminations |
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|
Études et formations |
|
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Racisme et préjugés à l’égard de la différence et de l’origine |
|
|
Participantes nées ici |
|
|
Discriminations |
|
|
Faible représentation |
|
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Les femmes qui n’ont pas émigré sont dans de meilleures situations que leurs mères |
Obstacles priorisés concernant les femmes « immigrantes » en général, par l’ensemble des participantes
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Participantes membres du Caucus |
Participantes de la base |
|
Combinaison de plusieurs facteurs : des politiques et des situations qui n’encou-ragent pas vraiment l’intégration des femmes immigrantes : non-reconnaissance des acquis, perte de l’estime de soi, et emplois sous-qualifiés. |
Peurs Préjugés Barrières de la langue Non-reconnaissance des diplômes |
|
Non-reconnaissance des diplômes |
Discriminations |
|
Discriminations et préjugés |
Isolement |
|
Faible représentation |
Dévalorisation |
|
Pauvreté |
Problèmes au sein de la famille |
|
Problèmes au sein de la famille |
|
|
Dévalorisation |
|
|
Stress lié au changement |
2.1.4 Des discriminations spécifiques
· Les travailleuses domestiques : qui doivent vivre obligatoirement chez leur employeur et doivent avoir complété deux années auprès d’un employeur avant de pouvoir faire une demande de résidence permanente. Dépendantes de leur employeur, elles sont particulièrement exposées à toutes sortes d’abus et sont exclues des lois des normes du travail.
· Les femmes parrainées : qui se retrouvent, par ce régime, en état de dépendance par rapport à leur répondant et ne peuvent bénéficier de certaines mesures de soutien financier ou d’intégration au marché du travail tels l’aide sociale, les prêts et bourses pour des études post-secondaires ou des allocations pour les cours de français. En 1997, le Québec avait accueilli 8 073 personnes parrainées et la majorité étaient des femmes.
· Les femmes réfugiées : qui se heurtent à la longueur des procédures qui les laissent dans des situations précaires, avec une absence de couverture médicale et sociale, pour elles et leurs enfants, même s’ils sont nés ici.
· Les immigrantes reçues : qui elles, même si leur degré de scolarisation facilite leur sélection (système des points), ne voient pas cet élément pris en considération à leur arrivée, puisque leurs diplômes ne sont pas reconnus. Plus de 30% des femmes immigrantes sont diplômées universitaires. Mais ce problème concerne aussi les femmes parrainées et réfugiées.
Même si les femmes immigrantes, requérentes principales, sont sélectionnées par l’immigration selon les diplômes et les expériences acquises antérieurement et ont obtenu une équivalence de leurs dipômes délivrée par le MRCI après leur arrivée, les employeurs surtout privés, mais publics aussi, ne reconnaissent pas les diplômes et les expériences acquises en dehors du Canada. Pour plusieurs professions, les corporations bloquent l’accès aux femmes immigrantes, comme pour toutes les personnes ayant étudié à l’étranger, par certaines règles.
La discrimination systémique, qui est une discrimination institutionnelle, est définie par Marie-Thérèse Chicha-Ponbriand, comme « …une situation d’inégalité cumulative et dynamique résultant de l’interaction de pratiques, de décisions ou de comportements, individuels ou institutionnels, ayant des effets préjudiciables, voulus ou non, sur les membres de groupes visés par l’article 10 de la Charte. » Elle se manifeste donc par un ensemble d’attitudes et de pratiques, conscientes ou non, qui créent des obstacles à la reconnaissance et à l’insertion sociale, économique, politique et culturelle des membres des minorités ethniques et raciales. Ces pratiques sont à l’oeuvre surtout sur le marché du travail et dans le système d’éducation.[36]
La discrimination en emploi se manifeste dans la phase de sélection au moment du recrutement, dans la promotion, en ce qui concerne les emplois les mieux rémunérés qui sont rarement accessibles aux femmes immigrantes et dans les conditions de travail pour les emplois les moins biens rémunérés et réservés aux immigrants.[37] On peut les énumérer comme suit :
· Discriminations à l’embauche reliées au manque d’expérience canadienne, à la non-reconnaissance de diplômes ou d’expériences acquises ailleurs.
· Discriminations en emploi : sous-payées par rapport aux qualifications acquises ailleurs.
· Discrimations reliées à l’accent,[38](1) au nom, à l’ethnie, à la race, etc.
· Les préjugés qui les concernent constituent des obstacles à leur insertion et contribuent au maintien de situations discriminatoires. Par exemple, le fait qu’elles soient perçues comme des femmes soumises, traditionnelles, etc.
· Refus de crédit par les banques pour les femmes désirant se lancer en affaire, parce qu’elles n’ont pas d’historique de crédit.
· Discriminations reliées à la non-application des Programmes d’accès à l’égalité dans la fonction publique où la représentation pour les membres des communautés culturelles stagne à 2% au Québec, alors que celle pour les femmes en général a sensiblement augmenté. Concernant les femmes issues des « communautés culturelles et minorités visibles », il n’y a pas de chiffres pour illustrer la situation, mais on suppose qu’elle se situe à l’intérieur des 2% (voir tableaux qui suivent).
· Les politiques d’accès à l’égalité n’incluent pas les travailleurs occasionnels qui sont souvent des femmes des communautés culturelles et des minorités visibles.
Concernant les plans d’accès à l’égalité dans la fonction publique au Québec, alors que le pourcentage prévu pour les communautés culturelles (antérieurement « minorités visibles » seulement, avant l’amendement de la loi 143) était de 12% depuis le plan 1990-1994, on remarquera que ces quotas n’ont jamais été respectés. Les tableaux qui suivent sur la représentation depuis 1995 l’illustrent bien. D’autre part, l’absence de groupes cibles des femmes des communautés culturelles pose toujours le problème de la représentation des femmes de ces groupes cibles.
Tableau 14 - Représentation des groupes cibles visés par les mesures d’accès à l’égalité en emploi dans la fonction publique québécoise[39]
|
L’effectif régulier par groupes cibles au sein de la fonction publique du Québec de mars 1995 à mars 1998 est présenté dans le tableau suivant : |
Catégorie |
Mars 1995 |
Mars 1996 |
Mars 1997 |
Mars 1998 |
|||||
|
N |
% |
N |
% |
N |
% |
N |
% |
||
|
Effectif régulier1 |
55 487 |
53 966 |
50 379 |
46 903 |
|||||
|
Femmes |
24 775 |
44,7 |
24 484 |
45,4 |
23 632 |
46,9 |
22 686 |
48,4 |
|
|
Communautés culturelles |
1 169 |
2,1 |
1 128 |
2,1 |
1 026 |
2,0 |
982 |
2,1 |
|
|
Personnes handicapées |
807 |
1,5 |
735 |
1,4 |
640 |
1,3 |
550 |
1,2 |
|
|
Autochtones |
241 |
0,4 |
226 |
0,4 |
206 |
0,4 |
181 |
0,4 |
|
|
Anglophones |
438 |
0,8 |
419 |
0,8 |
363 |
0,7 |
321 |
0,7 |
|
1 : L’ensemble de l’effectif régulier de la fonction publique.
Résultats obtenus à la suite des mesures annoncées au printemps de 1999 à l’égard des personnes membres des communautés culturelles, des autochtones et des anglophones.[40] Les résultats obtenus sont présentés dans le tableau ci-dessous : |
|
Du 1er juin 1999 au 31 mars 2000 |
1998-1999 |
|||
Statut |
Nomination de membres de groupes cibles (N) |
Nominations totales effectuées (N) |
Nomination de membres de groupes cibles (%) |
Nomination de membres de groupes cibles en 1998-1999 (%) |
|
Réguliers 1 |
87 |
1 061 |
8 |
3 |
|
Occasionnels1 |
278 |
2 882 |
10 |
n.d. |
|
Étudiants stagiaires 1 |
40 |
442 |
9 |
n.d. |
|
Stagiaires nouveaus diplômés 1 |
43 |
208 |
21 |
12 |
|
Étudiants d’été 2 |
1 048 |
4 258 |
25 |
13 |
Total |
1 496 |
8 851 |
||
1.Renseignements portant sur tous les ministères et organismes (N: 63)
2.Les données relatives aux étudiants d’été comprennent les nominations d’avril à septembre.
· Une sous-représentation dans les organismes communautaires et les groupes de femmes lorsqu’ils ne sont pas ethnoculturels ou dédiés aux personnes immigrantes.
· Un sous-financement des groupes de femmes immigrantes ou des groupes de femmes ethnoculturels[41].
· Des discriminations dans l’accès au logement : références et répondant demandés, dans la signature du bail quand cela ne figure pas dans les ententes.
· Des services de santé qui ne tiennent pas compte de leurs particularités culturelles et linguistiques et qui ne sont pas non plus représentatifs de la diversité montréalaise.
· La non-reconnaissance par les écoles, collèges et universités des diplômes et des niveaux d’éducation acquis ailleurs entraîne une réduction de l’accès à certaines formations.
· L’imposition « systématique » de cours pré-requis dans le degré inférieur ou d’une propédeutique pour l’accès à certains degrés, pour les titulaires de diplômes étrangers.
· Le contingentement de certaines formations où les femmes immigrantes ont peu de chance d’accès, eu égard à l’acquisition de diplômes ailleurs qu’au Canada.
· L’omission, dans les manuels scolaires, de l’apport et de la contribution des communautés culturelles qui vivent pourtant ici depuis plusieurs décennies, certaines même depuis bien plus longtemps,.
Mais cette dernière discrimination laisse apparaître justement que la prise en compte de la diversité culturelle, pourtant relativement ancienne, n’en est qu’à ses débuts.
2.2 La prise en compte de la diversité culturelle : un processus à ses débuts
2.2.1 Les politiques de gestion de la diversité du Québec et du Canada
La politique québécoise de la gestion de la diversité culturelle s’exprime dans divers textes dont notamment L’énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration de 1990[42] qui définit la politique québécoise en matière de diversité culturelle.
Si des immigrants ont choisi le Québec pour s’établir, c’est sur la base d’un contrat moral d’intégration, pour qu’ils deviennent citoyens ou membres à part entière de la société québécoise. Cette politique se situait au départ, à l’opposé de la politique fédérale du multiculturalisme que le Québec avait rejetée. Ce qui signifie qu’au plan juridique et politique, au Québec, c’est en tant que citoyen individu que l’immigrant devient membre de la société et non en tant que membre d’un groupe. Il s’agit donc d’un contrat moral précisant les droits et les devoirs respectifs de l’immigrant et de la société d’accueil, qui se définit comme francophone, démocratique et pluraliste.
Mais en fait, quelles sont les composantes de ce contrat moral? Le Conseil des communautés culturelles et de l’immigration précise dans Gérer la diversité dans un Québec francophone, démocratique et pluraliste : « Ce contrat moral d’intégration rend les immigrants et la société d’accueil solidairement responsables de résoudre, en particulier, les conflits de normes qui risquent de porter atteinte, soit au droit à l’égalité de certains immigrants ou membres minoritaires, soit à la cohésion de la société d’accueil elle-même. »[43]. Plus loin, on retrouve néanmoins quelques réserves quant à la responsabilité de la société d’accueil dans un questionnement quant à savoir jusqu’où doit s’étendre le soutien de la société d’accueil, par rapport aux efforts de ses immigrants pour s’intégrer?
« Dans cet effort d’adaptation réciproque, quels sont donc les rôles et les responsabilités propres de chaque partie? Plus concrètement, jusqu’où s’étend la responsabilité propre des organisations (i.e. institutions publiques et privées, entreprises et associations) de s’adapter à la diversité ethnoculturelle et religieuse de leur clients, de leurs usagers, de leurs employés, de leurs membres ou de leurs commettants sachant que ce sont ces organismes qui structurent et gèrent les activités et les services offerts dans les divers secteurs de la vie socio-culturelle, économique et politique de notre société? »[44]
Pour les immigrants, les institutions reflètent les normes, les règles et les modes de fonctionnement de la société d’accueil et c’est là qu’ont lieu une part importante des échanges inter-communautaires et des conflits de normes. À partir de là, se demande le Conseil des Communautés culturelles et de l’Immigration, comment savoir qu’une adaptation s’impose dans telle situation de conflit de normes? « Lorsque cette obligation s’impose, comment en déterminer les limites légitimes, en vertu de notre système juridique et de nos us et coutumes? Comment départager ce qui est du domaine du négociable et ce qui ne l’est pas? »[45] C’est par le biais de la négociation de solutions de compromis équitables et des accommodements raisonnables acceptables de part et d’autre qu’il est possible d’y arriver.
Mais pour beaucoup d’immigrants actuellement, le contrat moral énoncé en 1990 n’est pas respecté, voire même obsolète[46], car il n’a permis en aucun cas de résoudre certains conflits importants de normes qui portent atteinte aux droits à l’égalité des immigrants. La demande de reconnaissance des acquis et des compétences en est un exemple.
Mais aussi, et il est important de le souligner, les immigrantes et les immigrants font face à « deux » politiques de la gestion de la diversité, celle du Québec qui nous intéresse le plus ici, et celle du Canada qui, même si elle s’appuyait sur la politique du multiculturalisme (depuis 1970), où la diversité culturelle était une caractéristique fondamentale de la société canadienne, en promouvant la participation des individus et des communautés de toutes origines et en visant l’élimination des obstacles à cette participation, depuis 1990, a changé de cap en se tournant plus résolument vers la citoyenneté[47].
Cette citoyenneté plus axée sur la responsabilité des immigrants de s’intégrer, n’augure-t-elle pas aussi une certaine déresponsabilisation de l’État canadien? Bi-directionnelle actuellement (multiculturalisme et citoyenneté) balançant entre groupe (avec toutes les catégorisations liées à l’origine, à la religion, à la race) et individu, la politique canadienne contribue aussi à la confusion des droits et des responsabilités de chacun. Quant à la politique québécoise, même si elle s’appuie officiellement sur la « citoyenneté », elle s’accommode sans problème des catégories liées à l’origine, la langue, la culture, la race, etc., selon les cas.
Quant aux immigrantes et immigrants ne font-elles/ils pas les frais de ces modèles « concurrents » d’intégration (Québec/Canada), qui occasionnent aussi une confusion au niveau de leurs droits et responsabilités dans une « double » société d’accueil. Entre L’énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration de 1990 du Québec et le Vivre ensemble du Canada, les immigrantes et les immigrants doivent trouver les moyens souvent contradictoires de s’intégrer, comme groupe et/ou comme individu, avec une part de responsabilité qui leur incombe, de plus en plus grande.
Dans un tel contexte de gestion de la diversité, qu’en est-il du mouvement des femmes? Le mouvement des femmes est-il plus cohérent et définit-il plus clairement les responsabilités des deux parties?
2.2.2 Le mouvement des femmes à la croisée des chemins
Ce qu’on pourrait qualifier de féminisme au Québec à la croisée des chemins, fera référence surtout, comme pour presque l’ensemble du féminisme occidental, à la difficulté à se positionner devant une certaine diversité du mouvement des femmes, aussi bien au sein même de la société occidentale que par rapport aux pays du Sud. Si dans d’autres parties du Canada et dans d’autres pays, la question de la diversité a déjà été abordée ou prise en compte, on peut dire qu’au Québec, elle n’en est encore qu’à ses débuts.
Au Québec, on identifie généralement, comme un peu partout en Occident, trois grands courants du féminisme : réformiste, radical et politique.[48] Il reste que le féminisme québécois, comme ailleurs, est aussi influencé par d’autres courants qui viennent remettre en question ces trois courants fondamentaux. Il s’agit des courants fondés sur des identités sociales des femmes (Lesbiennes, Black ou ethnique) qui émergent dans les années 70 et 80 et qui posent le problème de l’oppression des femmes par des femmes.
Au Québec, on assistera au cours des années 80 à l’organisation collective de plusieurs femmes issues des minorités ethnoculturelles. Pourtant, ce que l’on peut constater, c’est que jusqu’au milieu des années 90, le mouvement féministe québécois s’est très peu intéressé aux conditions spécifiques et aux discriminations vécues par les femmes des minorités ethnoculturelles. Plusieurs événements ont d’ailleurs démontré l’existence de certaines situations conflictuelles entre les femmes majoritaires et les femmes des minorités. À ce titre, Josée Belleau[49] cite Femmes en tête, d’où le Collectif des femmes immigrantes s’était retiré, en 1990.
Mais la décennie 90, constituera un tournant dans la prise en compte de la diversité culturelle. Quelques événements choisis qui nous paraissent marquants vont jalonner cette période.
En 1992, la Fédération des femmes du Québec organise un forum Un Québec féminin pluriel afin de développer son analyse sur la diversité, en décidant que le mouvement des femmes ne ferait plus l’économie du pluralisme culturel.
En 1997, le Conseil du statut de la femme publiait en novembre une recherche sur la diversité culturelle et religieuse et les enjeux sur les femmes[50] et en décembre un avis sur les droits des femmes et la diversité.[51] Ces deux documents qui témoignaient aussi d’un début de prise en compte de la diversité culturelle par le mouvement féministe, restaient également très proches de la Politique québécoise de la gestion de la diversité par la similitude du contrat moral, mais plutôt unilatéral, auquel sont soumises « les femmes immigrantes et les femmes des minorités culturelles et religieuses ». En précisant le domaine du non-négociable, le Conseil du statut de la femme a eu le mérite de préciser clairement les responsabilités des femmes de diverses origines, mais sans pour autant préciser celles des femmes du groupe majoritaire, pourtant censées se battre depuis de nombreuses années pour améliorer les conditions de vie de toutes les femmes, sans exclusion. En effet, comment promouvoir l’autonomie et la solidarité, lorsque des inégalités touchent précisément ces femmes parce qu’elles sont d’origines différentes, et que cela pose précisément le problème de l’inégalité des droits entre les femmes elles-mêmes. Mais cet aspect n’est pas abordé. On peut se demander aussi pourquoi la mise en évidence de certains particularismes ne sert-il pas à montrer les situations de discriminations que vivent justement les femmes de diverses origines de ces groupes, afin de sensibiliser aussi les féministes de la majorité aux réalités de ces femmes.
À la veille de la Marche mondiale des femmes, en 1998-1999, la Fédération des femmes du Québec a entrepris une tournée sur la diversité culturelle et religieuse[52] et ses résultats apportent déjà les réactions de femmes « immigrantes » et des femmes d’ici aux positions du CSF : le problème du « Nous » pour savoir s’il ne désigne que les Québécoises de souche ou l’ensemble des femmes, le domaine du « non-négociable » qui a fait consensus même chez les femmes immigrantes rencontrées, ainsi que les nuances à apporter dans le négociable, etc. Mais l’intérêt de cette tournée a surtout été d’avoir lancé certaines pistes de réflexion sur le rôle du mouvement des femmes pour la construction d’une société pluraliste et plus inclusive. Certains obstacles spécifiques aux femmes des communautés culturelles sont précisés, des pistes d’action sont proposées et le mouvement des femmes est invité clairement à intégrer les revendications des femmes des communautés culturelles et à changer certaines pratiques dans les groupes de femmes, en étant plus inclusif.
Même si on peut dire que le mouvement des femmes au Québec commence à s’ouvrir en 1995, avec la prise en compte des préoccupations des femmes pauvres, notamment avec la Marche du pain et des roses qui comprendra une revendication concernant les femmes immigrantes (femmes parrainées), c’est surtout en 2000, avec la Marche mondiale des femmes, que pour la première fois, plusieurs revendications spécifiques aux femmes des minorités culturelles sont prises en compte.
Alors, au Québec, le féminisme « tricoté serré » se retrouve-t-il remis en question, comme l’affirme Josée Belleau?[53] Sans aucun doute et on peut voir dans la Marche mondiale des femmes par exemple, une inclusion progressive mais évidente, des préoccupations des femmes de diverses origines, ainsi qu’un début d’adaptation du mouvement féministe, aussi bien dans l’idéologie que dans la pratique, à de nouvelles réalités des femmes.
Si, au niveau de la pratique, les organisations féministes n’en sont qu’à leurs débuts, les approches face à la diversité sont aussi variables. La Table des groupes de femmes de Montréal nous servira pour cette recherche-action d’exemple de cette pratique, ce qui nous permettra de mettre en évidence les défis auxquels une association féministe doit faire face afin de s’adapter à la diversité ethnoculturelle, d’après les perspectives des femmes de diverses origines elles-mêmes. Mais, il nous a paru aussi important de recenser d’autres pratiques et réflexions actuelles sur la diversité culturelle, comme données contextuelles, au moment où la Table des groupes de femmes réalise cette recherche.
2.2.3 Réflexions et pratiques actuelles du mouvement communautaire et du mouvement des femmes concernant la diversité culturelle
Cette recherche-action initiée par la Table des groupes de femmes de Montréal, se situe - et il est important de le souligner - dans une phase particulière où la question de la diversité culturelle, même à ses débuts, est à l’ordre du jour (comme pratique) ou s’impose (comme réflexion) à plusieurs mouvements sociaux, dont le mouvement communautaire, celui des femmes et les syndicats.
Cette partie mettra en évidence cette réflexion et cette pratique, seulement à travers la participation de la chercheure à un groupe interne de réflexion intitulé « Pluralisme communautaire » initié par l’Institut Interculturel de Montréal, dans le cadre d’une recherche-action, depuis juillet 2000, qui nous a permis, par le biais de rencontres mensuelles et de formations, de nous poser certaines questions et de prendre connaissance de la pratique de certains groupes.
D’autre part, la participation de la chercheure, à la Marche mondiale des femmes et à la Coalition de l’île de Montréal, notamment au comité de mobilisation des femmes des communautés culturelles (le temps de son existence) a permis d’observer certaines difficultés reliées à la prise en compte des préoccupations des femmes des communautés culturelles au sein de la Coalition. L’analyse des bilans élaborés par la Coalition de l’île de Montréal et la Coalition nationale contre la pauvreté et la violence faite aux femmes (à laquelle la chercheure participe actuellement pour les réunions-bilans et les actions à venir) servira également à relever une partie de l’état de la pratique par la Fédération des femmes du Québec et également par le mouvement des femmes en général, sur la question de la diversité culturelle.
L’équipe de réflexion « Pluralisme communautaire »
En 1994, l’Institut Interculturel de Montréal (IIM) s’interrogeait déjà sur les relations interculturelles dans les mouvements socio-communautaires au Québec et en 1998, mettait sur pied un programme intitulé « Mouvement socio-communautaire et pluralisme culturel ».
Tout en réalisant une recherche-action pour la Table des groupes de femmes de Montréal sur les femmes et la diversité ethnoculturelle à Montréal, la chercheure a donc aussi été participante au projet de recherche-action de l’IIM en 2000-2001, intitulé « Pratiques interculturelles en développement communautaire ». Ce projet s’appuyait simultanément sur la réflexion et la formation et son but était de découvrir et de trouver ensemble des façons d’implanter des pratiques interculturelles au sein d’organismes communautaires.[54]
La participation à cette équipe de réflexion interne appelée « Pluralisme communautaire » nous a permis de nous engager aussi bien dans une réflexion sur nous-même que sur les pratiques actuelles en milieu communautaire. L’intérêt de la démarche a été qu’elle constituait à la fois une réflexion et un apprentissage, permettant de réfléchir à de nouvelles façons de favoriser un environnement interculturel au sein des organismes respectifs des participants.
Les axes de travail de l’équipe de réflexion « Pluralisme communautaire » ont d’abord porté sur la définition de mots-clés reliés au pluralisme, puis, les études de cas réalisées avec des organismes qui ont présenté leurs approches et pratiques par rapport au pluralisme et enfin un volet formation, le tout, axé sur trois problématiques :
· l’approche politique de l’action communautaire du Québec par opposition à l’approche sociale des communautés immigrantes et ethnoculturelles;
· la méconnaissance des pratiques du développement communautaire au Québec par les groupes ethnoculturels;
· la non-reconnaissance et la non-accceptation des pratiques de travail communautaire du milieu immigrant et ethnoculturel.
Les résultats anticipés de ce projet, étaient de dégager des pistes pour des pratiques interculturelles qui favoriseraient la participation des communautés ethnoculturelles ainsi que des conditions favorables à l’action communautaire et la concertation dans un contexte de pluralisme culturel, de faire des propositions d’actions concrètes à l’intérieur de chaque organisme ou regroupement participant et enfin d’élaborer un projet futur commun à partir des résultats et recommandations de l’équipe.
Un recensement des définitions de mots-clés a permis de constater en premier lieu, des différences de sens de la notion du communautaire dues à des visions socio-politiques différentes qui ont conduit à une volonté de lui donner un contre-sens. Non seulement, il y a des vécus communautaires divers mais aussi diverses visions du communautaire. Il peut être considéré comme ayant un rôle d’engagement volontaire, une prise de conscience d’appartenance locale avec et par la communauté, il peut viser le développement, la démocratie, une prise en main par la communauté, un rôle de transformation de la société, un lieu d’appartenances diverses, etc.
Les autres concepts abordés ont porté sur les notions telles que :
· pluralisme dans le communautaire qui signifie qu’on reconnaît que le communautaire peut être vécu différemment dans les objectifs et la pratique, ce qui n’est pas le cas au Québec actuellement;
· ethnoculturel qui est une notion propre au Québec, puisque le reste du Canada parle de groupes minoritaires;
· multiculturel qui renvoie à l’approche institutionnelle de la diversité;
· interculturel qui définit les interactions entre différentes cultures;
· intégration qui a une définition différente ou renvoie à des situations, selon qu’il s’agisse de l’État (homogénéisation) ou du communautaire (aspect social, manque de moyens);
· société d’accueil qui signifie au niveau du discours dominant la majorité francophone en excluant la diversité de la société d’accueil (autochtones, populations installées depuis un certain temps) mais qui signifie également un rôle récent de prise de responsabilité sociale;
· partenariat qui renvoie surtout à l’égalité des parties concernées, ce qui n’est pas le cas dans la pratique;
· citoyenneté notion de plus en plus utilisée, dont la définition s’est élargie en passant d’une définition juridique à une définition plus large incluant les droits sociaux, politiques, économiques et surtout la participation, et dont l’objectif idéologique vise surtout à supprimer les différences;
· société civile notion créée surtout par l’État et qui inclut tout ce qui n’est pas institutionnel;
· groupes de base, issus du mot anglais grassroots;
· etc.
Concernant l’approche politique de l’action communautaire du Québec, par opposition à l’approche sociale des communautés immigrantes et ethnoculturelles, les études de cas ont d’abord porté sur plusieurs regroupements québécois et un centre de femmes : le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec, l’R des centres de femmes du Québec, le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, le Conseil communautaire Solidarités Villeray et le Centre Échange entre femmes de Saint-Laurent.
Concernant le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec, les aspects sociaux et culturels sont reconnus comme étant des éléments importants de leur approche, mais le constat est qu’il y a une faiblesse des ressources et de moyens s’adressant aux communautés culturelles.
Pour l’R des centres des femmes du Québec, il s’est déjà retrouvé face à un défi au niveau des pratiques différentes des centres qui, malgré leur autonomie et une vision plurielle de ces centres, s’appuient sur une base commune d’unité politique comprenant l’analyse, l’approche et l’engagement féministe. Si les luttes s’exercent sur plusieurs fronts à la fois et notamment la reconnaissance des inégalités entre les femmes elles-mêmes, une réflexion s’est engagée autour des différences et l’R des centres de femmes du Québec constate la difficulté d’aborder certaines questions, notamment celle du racisme et l’homophobie. Mais reste que l’R des centres de femmes du Québec fait siennes les revendications des femmes des communautés culturelles et compte mener une enquête interne sur la façon dont s’effectuent les recrutements au sein des centres de femmes et déterminer de quelle manière ces processus peuvent être discriminatoires à l’égard des femmes des communautés culturelles.
Pour le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation, c’est un choix alternatif où la valeur dominante est la réappropriation du pouvoir dans le milieu d’éducation populaire et d’alphabétisation parce que le réseau institutionnel ne correspond pas aux besoins des personnes analphabètes, en s’appuyant sur une méthode reliée aux besoins des participants. Concernant les personnes immigrantes la méthode retenue est l’apprentissage de leur propre langue puis ensuite, l’apprentissage du français.
Pour le Conseil communautaire Solidarités Villeray (organisme de concertation) qui a mis sur pied en 1998, un Comité immigration/intégration, face à un changement de la clientèle des organismes membres, il s’agissait de savoir ce qui doit changer dans les organismes lorsque la clientèle change. Un sondage a été effectué auprès de ces organismes et ce qui ressort, c’est qu’il y a un clivage entre ceux pour qui une remise en cause s’impose et ceux pour qui il n’y a aucun changement à effectuer. Certaines pistes d’action sont apparues, sous forme de questions surtout. Mais ce qui ressort est le besoin de mieux se connaître, de faire une recherche sur le sujet et de déterminer quelles pratiques interculturelles adopter en milieu de concertation.
Pour le Centre Échange entre femmes de Saint-Laurent, fonctionnant sur un modèle de centre de femmes et donc sur une base d’unité politique, la réflexion sur la diversité culturelle et la volonté de rejoindre les femmes immigrantes existent mais elles sont confrontées à des réalités liées au problème de la langue, car la langue d’usage du Centre est exclusivement le français, et à l’écart culturel entre les femmes d’ici et les femmes immigrantes. Le Centre met beaucoup en valeur l'action politique et par rapport à cette approche politique, on peut constater en effet dans ce cas, cette différence entre l'approche sociale des communautés ethnoculturelles, par opposition à l'approche politique de la communauté québécoise de « souche ». Un des volets est la défense des droits des femmes. Un autre volet englobe toutes les activités de l'éducation populaire. Le but de ces activités est de donner aux femmes plus d'autonomie et plus de pouvoir sur leur vie, en les conscientisant par rapport à leur environnement et en favorisant leur croissance personnelle. Le dernier volet réunit les services : accueil, relation d'aide, accompagnement, service de documentation, garderie. À la limite, les intervenantes du Centre utilisent l'anglais à l'accueil, par exemple, pour aider une femme à définir son problème. De ce fait, le taux de fréquentation des femmes des communautés culturelles est actuellement de 10% seulement, dans un quartier où la population immigrante avoisine les 50%. Le taux de fréquentation des femmes provenant du milieu ethnoculturel est bas, aussi parce que ces femmes ont des préoccupations différentes qui sont souvent des préoccupations de survie.
Actuellement, le Centre Échange entre femmes compte élaborer un programme avec un organisme partenaire, pour organiser des activités qui répondent aux besoins des femmes des communautés ethnoculturelles et qui les aident à s'intégrer. Ce type de programme correspond aux objectifs du Centre : aider à l'intégration tout en respectant la diversité. Du côté de la clientèle québécoise, il paraît aussi important de travailler à l'ouverture, à la tolérance et à la compréhension de l'autre.
On peut donc constater que pour les regroupements et les organismes communautaires québécois d’origine, s’il y a eu un début de changement dans la pratique face à un environnement pluraliste pour certains organismes, pour les autres, il existe une prise en compte de cette diversité culturelle, au moins, par un début de réflexion.
Concernant les ressources communautaires ethnoculturelles à Montréal, il faut tout d’abord noter que si elles existent, cela pose une question de fond, à savoir : les services existants sont-ils culturellement adaptés à des populations différentes? Ces organismes communautaires ne représentent pas un bloc monolithique mais sont liés aux différentes communautés et vagues d’immigration. Leur besoin de s’organiser s’est appuyé sur les mêmes besoins que le mouvement communautaire québécois, mais aussi pour des raisons de non-acceptation par rapport à leur différence religieuse et culturelle ainsi qu’au manque d’accès aux ressources existantes.
Les organismes communautaires ethnoculturels s’appuient également sur deux types de besoins particuliers. Le premier est relié au processus d’adaptation, la recherche de liens, l’articulation identitaire, etc. On peut dire qu’il est de type psycho-social. Le deuxième, lui, est un projet de reconstruction communautaire. C’est donc un projet collectif avec une allure socio-politique et contrairement aux visions de ghettoïsation, de repli communautaire, ce type d’organisme joue un rôle de médiation et se trouve dans un processus de négociation continuel.
Ce que l’on constate, c’est qu’il y a une résistance des gouvernements à reconstruire des services reliés aux vrais besoins de ces communautés. Mais ce constat pose encore une question de fond : peut-on parler de société pluraliste lorsque des pratiques et des savoirs différents, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, ne sont pas reconnus comme besoins? Dans ce sens, le mouvement communautaire actuel dans son ensemble pose la question de savoir comment s’y prendre pour faire accepter ces pratiques pluralistes et les faire reconnaître?
Le Centre des femmes italiennes a servi notamment d’étude de cas de groupe ethnoculturel. Ce Centre travaille surtout avec des femmes italiennes de première génération, mais des femmes de la deuxième génération (qui parlent pourtant le français) participent quand même, surtout pour des raisons culturelles. L’intérêt de ce cas est de voir comment féminisme et interculturalité s’imbriquent. Si le Centre s’appuie sur les mêmes activités que les autres centres de femmes, il favorise aussi les échanges avec d’autres groupes, mais ses services d’aide sont plus diversifiés que dans d’autres centres de femmes, parce que le centre s’adresse surtout à une clientèle ne maîtrisant pas la langue française et de troisième âge.
Ce qu’il ressort de cette réflexion et ce que les études de cas ont révélé en partie, c’est que la prise en compte d’un environnement plus diversifié par le communautaire non spécifiquement dédié aux personnes immigrantes, ou que le point de départ des organismes qui veulent aborder le pluralisme et la diversité et rejoindre certaines populations peut être multiple. Mais ce point de départ implique plusieurs actions dont :
· Mieux connaître les populations desservies ou à desservir (recherches, sondages, etc.).
· Favoriser une meilleure connaissance des pratiques du communautaire québécois par les groupes ethnoculturels (formations, sensibilisation).
· Favoriser une meilleure connaissance des ressources communautaires ethnoculturelles et des besoins auxquels elles tentent de répondre, par les groupes de la société « dominante ».
· Tenir compte ou faire auparavant une analyse de l’aspect situationnel de l’organisme communautaire.
· Défendre à la fois, une reconnaissance des pratiques et des savoirs des groupes communautaires en général et ethnoculturels.
· Maintenir un fonctionnement en francais du communautaire québécois, tout en laissant un espace à d’autres langues, comme expression de la diversité et pour laisser un espace à des communautés exclues.
· Ne pas relier toute la question de l’intégration des immigrants à la question linguistique, mais mettre aussi en avant les autres obstacles, souvent tout aussi importants.
La Marche mondiale des femmes
À travers les entrevues individuelles et de groupe réalisées, où les propos échangés n’étaient pas forcément limités aux questions posées, on pouvait constater l’influence importante de la Marche mondiale des femmes sur les femmes de diverses origines, même si cet effet n’était pas l’objet de cette recherche. Pourtant les premiers bilans de la Coalition nationale et surtout celui de la Coalition de l’île de Montréal[55] le laissent peu paraître. Il est vrai que l’influence de la Marche et la participation de ces femmes à cette action sont deux choses différentes, mais cela pourrait alors nous amener à nous demander, pourquoi il y a eu distorsion entre les deux? Et peut-être est-ce le moment pour le mouvement des femmes en général de se poser ces questions.
Parmi les femmes interviewées, on pouvait constater que peu d’entre elles ne s’étaient intéressées à cette action ou ne connaissaient certaines revendications qui concernaient les femmes des « communautés culturelles et des minorités visibles ». Il semble que le processus d’identification à la Marche mondiale a été plus fort qu’il n’y paraît, mais la faible participation de ces femmes pose de nombreuses questions encore une fois.
Le bilan de la Coalition nationale reconnaît que la Marche mondiale a été moins centralisée que la Marche du pain et des roses de 1995 et a permis de s’ouvrir à une plus grande diversité. Il est clair que cela est dû aussi au fait que le nombre de revendications qui concernent les femmes des « communautés culturelles et des minorités visibles » y est plus important. N’est-ce pas enfin aussi, la reconnaissance que les revendications spécifiques des femmes de diverses origines ont été prises en compte par l’ensemble du mouvement des femmes? La première fois étant avec la marche du pain et des roses.
Au niveau des structures locale et provinciale de la Marche, soit la Coalition de l’île de Montréal et la Coalition nationale des femmes contre la pauvreté et la violence faite aux femmes où la chercheure a représenté la Table des groupes de femmes à certaines périodes, on a pu remarquer que très peu de femmes de diverses origines étaient présentes.
Lors de la participation de la chercheure à la Marche mondiale et notamment sur le comité de mobilisation des femmes des minorités ethnoculturelles et des minorités visibles de la Coalition de l’île de Montréal, à partir de décembre 1999 et jusqu’à la disparition de ce comité quelques mois plus tard, la préoccupation d’une mobilisation des femmes de diverses origines était bien là pourtant, aussi bien de la part de femmes d’ici que de femmes des diverses communautés représentées. Mais les limites imposées surtout, par des différences évidentes concernant les modalités d’un fonctionnement militant, par rapport aux moyens existants, ont vite épuisé les meilleures volontés qui y étaient présentes.
La décision de la FFQ d’élaborer également un bilan de la Marche et des perspectives d’actions à venir, avec les groupes de femmes des communautés culturelles démontre assez bien la volonté d’inclusion des femmes de diverses origines et leurs préoccupations dans le mouvement féministe. Lors de la réunion bilan du 13 mars 2001 avec les femmes des communautés culturelles, les points majeurs soulevés étaient que, spécifiquement pour la région de Montréal, il était important que tout se fasse avec les femmes des communautés culturelles.
Même si avec la Marche mondiale, beaucoup de femmes des communautés culturelles se sont reconnues à travers les différentes revendications qui les concernaient, ce qui est un acquis pour le mouvement des femmes en général, il reste que le financement des groupes de femmes des communautés culturelles demeure le problème majeur. La FFQ et les autres groupes de femmes constitués et déjà financés sont-ils prêts à partager avec ces groupes, afin de développer en commun, d’autres perspectives d’actions?
Cette question paraît fondamentale aujourd’hui et la solidarité recherchée n’impose-t-elle pas ce partage des moyens? Il est vrai que la situation financière des groupes de femmes, n’est pas florissante non plus et on peut se demander de quelle manière, ce partage des « richesses » pourrait se faire. Mais des actions auprès des gouvernements pour le financement des groupes de femmes de diverses origines, seraient aussi un moyen de renforcement de la solidarité entre toutes les femmes.
UNE ANALYSE TRANSVERSALE DE LA PRATIQUE ACTUELLE
3.1 Les positions et l’analyse de la Table
Si les objectifs de la Table des groupes de femmes étaient pratiquement tous connus des participantes membres du Caucus, il ressort par contre une quasi unanimité quant à l’inadéquation actuelle entre les priorités de la Table et les priorités des femmes des «communautés culturelles», même si la volonté de la Table d’intégrer ces préoccupations était reconnue par les participantes membres du Caucus. Une participante affirmait : « Moi, j’ai déjà participé au comité de coordination et j’ai trouvé que les dossiers ne concernaient pas les femmes des communautés culturelles. C’est pourquoi, celles qui ont déjà participé, ne se sentaient pas vraiment de la Table. On a quand même des problématiques spécifiques. »
Les priorités pour l’année 2000-2001, adoptées le 17 mai 2000, notamment d’« effectuer la recherche-action sur les femmes et la diversité ethnoculturelle à Montréal» et de « poursuivre l’implication du Caucus des communautés culturelles et des nouvelles arrivantes à différents dossiers de la Table », laissent mieux apparaître les raisons. Car la réalisation d’une recherche-action exprime avant tout le besoin de connaissance et de systématisation des obstacles rencontrés par ces femmes comme préalable à une prise en considération des priorités de ces femmes. D’autre part, le besoin de mieux connaître les dossiers défendus par la Table s’est exprimé aussi très nettement.
Besoin de connaissance des obstacles spécifiques vécus par les femmes de diverses origines par la Table
« Nous, à la Table, nous sommes des représentantes parce qu’on connaît certaines problématiques qui les concernent. Mais pour faire des actions, on a besoin d’organisation et d’informations systématisées, comme par exemple pour commencer, d’un listing ou un bottin des groupes de femmes des communautés culturelles. Il nous faut ramasser le plus d’informations également sous forme de recherches et de noms de chercheuses qui travaillent sur les femmes des communautés culturelles, comme personnes-ressources. Tous ces outils nous permettraient alors de faire des actions concrètes. »
« Pour ce qui est du bottin des groupes de femmes des communautés culturelles, il y a une dizaine d’années, Condition féminine Canada en produisait un, tous les cinq ans. Il doit y avoir un financement possible pour ça dans le cadre d’une recherche ou alors proposer au Conseil du statut de la femme de le faire. »
Besoin d’une meilleure connaissance des dossiers défendus par la Table pour les femmes de diverses origines
3.2 Le fonctionnement de la Table
La sous-représentation et la faible participation
· une sous-représentation des femmes immigrantes, dans les groupes membres eux-mêmes;
· un faible nombre de groupes de femmes issues des communautés culturels qui sont financés.
Le nombre total de représentantes de diverses origines (nées ailleurs et nées ici) sur les différentes instances de la Table pour l’année 1999-2000 était de 12 sur un total de 39, soit un pourcentage de 30,77 %. Ce qui ne paraît pas aussi faible qu’on pouvait l’imaginer. Mais c’est au sein de la permanence de la Table que le problème de la représentation semble être posé : « C’est surtout la représentation par une permanente issue des communautés culturelles à la Table, qui peut permettre une identification des femmes des communautés culturelles à la Table. »
Or cette année là, la permanence de la Table était composée uniquement de deux employées, une coordonnatrice et une adjointe administrative et le deséquilibre de la sous-représentation était plus évident dans l’instance du conseil d’administration (comité de coordination), comme le laisse apparaître le tableau suivant.
Tableau 15 - Portrait de la représentation des groupes et des femmes de diverses origines à la Table des groupes de femmes de Montréal entre octobre 1999 et juin 2000
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Nombre de groupes de femmes immigrantes membres de la Table par rapport au nombre total de groupes membres. |
10 / 52 |
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Nombre de femmes immigrantes au comité de coordination par rapport au nombre total des membres. |
1 / 8 |
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Nombre de femmes immigrantes au Caucus des communautés culturelles par rapport au nombre total des membres du Caucus. |
5 / 8 |
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Nombre de femmes immigrantes sur les trois autres comités réunis, par rapport au nombre total des membres des trois comités réunis. |
6 / 23 |
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Nombre total de femmes immigrantes sur les différentes instances de la Table (comité de coordination, et tous les comités réunis) par rapport au nombre total des membres siégeant à ces instances. |
12 / 39 |
Mais le problème de la sous-représentation est aussi posé au niveau des groupes membres de la Table : « Concernant la représentation des femmes immigrantes dans les groupes de femmes, il faut que ça change et qu’elles soient mieux représentées. C’est toujours le problème de l’expérience canadienne qui est seulement reconnue. La représentation devrait aussi changer dans le communautaire. »
Des problèmes de communication
Les problèmes de communication identifiés à la Table, sont expliqués par un cloisonnement entre les comités, mais aussi par le fait que les dossiers sont complexes et difficilement accessibles aux membres du Caucus. Au Caucus même, les difficultés liées à la communication sont reliées aux différences culturelles, même si toutes les membres parlent le français, et à la non-maîtrise des dossiers.
Un cloisonnement entre les comités et les instances
Pourtant, ces problèmes de communication identifiés, reliés à un « cloisonnement entre les comités » et les instances sont cités, alors que pour l’année 1999-2000, quatre membres du Caucus avaient opté pour la formule de siéger également en parallèle sur d’autres comités, par rapport au dossier qui les intéressait le plus et enfin, une membre représentait le Caucus au comité de coordination. Chacune d’elles rapportant au Caucus les informations nécessaires. Mais le point régulier, à chaque réunion du Caucus, portant sur les comités, ne semble pas avoir été suffisant. Il faut dire que cette année-là, les membres qui siégeaient sur d’autres comités étaient elles-mêmes en majorité, en phase de prise de connaissance des autres dossiers et ne pouvaient dans le même temps apporter une information claire et bien complète des autres dossiers. D’autre part, ce problème de communication identifié n’apparaît pas applicable qu’aux membres du Caucus et il est en effet difficile de pouvoir maîtriser parfaitement l’ensemble des dossiers même pour les autres représentantes membres des autres comités. Mais, le fait que le Caucus se soit donné comme priorité pour l’année, d’introduire sur tous les dossiers, les préoccupations des femmes des communautés culturelles, exigeait une connaissance suffisante de tous les dossiers, qui n’a pu être réalisée. Objectif trop élevé pour une année?
La complexité des dossiers et le fait qu’ils ne soient pas rendus « accessibles » en termes de contenus, ont été considérés comme la cause principale de la non-maîtrise des dossiers par les membres du Caucus et une des raisons des difficultés aussi à communiquer entre les membres du Caucus elles-mêmes.
Pour les participantes de la base, les dossiers ne sont pas transmis vers la base. De façon générale, pour elles aussi : « Les féministes devraient trouver des moyens plus adéquats de transmettre les messages aux femmes immigrantes. »
L’instabilité des membres
L’instabilité des membres du Caucus a été identifiée également comme cause importante à la faible participation : « Il y a une instabilité des membres du Caucus. Il faut toujours tout recommencer. Les membres sont limitées dans leur implication, qui est due à une surcharge de travail, à la précarité des emplois dans les groupes ou alors parce que leur groupe ne priorise pas cette implication. »
Difficultés à sensibiliser les femmes d’ici aux préoccupations des femmes immigrantes
La difficulté à sensibiliser les femmes d’ici aux préoccupations des femmes de diverses origines, aussi bien à la Table qu’ailleurs, a été aussi soulevée plusieurs fois : « Il faut aussi sensibiliser les femmes québécoises aux préoccupations des femmes immigrantes. »
Tableau 16 - Identification des problèmes rencontrés à la Table et points positifs, par les participantes membres du Caucus
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Problèmes identifiés |
Points positifs |
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Inadéquation actuelle des priorités de la Table avec les priorités des femmes de diverses origines |
Réelle volonté d’intégrer les préoccupations des femmes immigrantes |
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Sous-représentation et faible participation des femmes de diverses origines |
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Problèmes de communication |
Rôle avant-gardiste de la Table |
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Difficulté à sensibiliser les femmes d’ici aux préoccupations des femmes immigrantes |
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Problèmes au Caucus |
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Non-maîtrise des dossiers |
Réel pouvoir du Caucus |
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Difficulté à mobiliser |
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Instabilité des membres |
3.3 Obstacles identifiés dans les groupes de la base
Discriminations dans les groupes de femmes et les organismes communautaires
Seules, les participantes de la base ont abordé l’obstacle des discriminations dans les groupes de femmes et les organismes communautaires :
« Les barrières commencent dans l’organisme où on s’implique, car les femmes québécoises pensent qu’on n’a aucune capacité de réflexion. »
Problème de démocratie et de pouvoir
Ces problèmes abordés seulement par les participantes de la base, laissent aussi apparaître une différence d’analyse des participantes membres du Caucus censées les représenter, et leur propre analyse :
« ll y a un énorme problème de démocratie dans les centres de femmes. Les femmes québécoises veulent garder le pouvoir » et certaines participantes de la base font remarquer par exemple, qu’« elles n’ont jamais d’information sur le nombre de postes vacants au CA », que « les travailleuses québécoises ne prennent jamais l’avis des femmes immigrantes avant d’organiser les choses » et que « les activités organisées ne sont pas forcément reliées aux réalités des femmes immigrantes ».
Comme nous pouvons le constater, les participantes ont à la fois identifié des obstacles spécifiques dans la société et dans la pratique notamment à la Table des groupes de femmes de Montréal et dans certains groupes de la base. Mais il faut souligner qu’un certain nombre des obstacles à la Table ne sont pas forcément spécifiques à ces femmes. Il aurait été intéressant de le vérifier par rapport aux autres membres de la Table. Mais une question fondamentale persiste, cette mise en évidence de la spécificité des obstacles rencontrés par les femmes de diverses origines dans la société en général et à la Table même, ne risque-t-elle pas d’accentuer les différences et de créer des clivages plus importants entre les femmes?
CHAPITRE 4 : SPÉCIFICITÉ ET SOLIDARITÉ
Si la spécificité des obstacles rencontrés par les femmes de diverses origines est mise en évidence, la différence des moyens pour lutter a été aussi soulevée quelques fois. Pourtant l’intérêt de s’impliquer davantage, les avantages procurés par les acquis et la solidarité n’ont pas été remis en question. Les propos d’une des participantes illustre d’ailleurs très bien la chose :
« Je suis en accord avec les luttes des femmes ici, mais je voudrais aussi être reconnue comme personne, vu tous les efforts que j’ai effectués pour me sentir comme faisant partie intégrante de la société. Mais, il faut aussi considérer que chacune de nous va utiliser un chemin différent pour faire partie, à part entière de la société. »
4.1 L’implication des femmes de diverses origines
L’intérêt de s’impliquer davantage est là, sans conteste. : « …, j’aimerais m’impliquer davantage » dira une participante de la base, et une autre : « ça donnerait la possibilité de prendre plus de pouvoir, … ». Mais ce sont les participantes de la base qui l'expriment le plus, plutôt que les participantes membres du Caucus qui elles, sont des travailleuses dans les groupes de la base et qui ont plus mentionné les obstacles à une implication plus importante. Les participantes de la base reconnaissent aussi qu’il y a un manque d’implication des femmes immigrantes. Elles diront : « Les femmes immigrantes s’impliquent peu parce qu’elles se contentent de peu et considèrent que c’est déjà mieux qu’ailleurs. » ou « Les femmes immigrantes s’impliquent peu parce qu’il y a un manque d’information, de disponibilité et cela dépend aussi de la culture d’origine. »
4.2 Des acquis importants pour les femmes de diverses origines
Les participantes membres du Caucus et de la base sont complètement en accord avec les luttes et les droits des femmes ici et reconnaissent que les acquis des femmes au Québec sont aussi un avantage pour elles. « Le mouvement féministe au Québec procure aussi aux femmes immigrantes beaucoup d’avantages. ». Bien que la méconnaissance de leurs droits soit déplorée : « Oui, mais les femmes immigrantes connaissent mal leurs droits, elles devraient avoir des cours sur ce sujet. » Mais on remarquera dans les tableaux suivants, qui synthétisent la priorisation des apports positifs de l’immigration et des perceptions des luttes et des droits des femmes au Québec, que l’autonomie est surtout citée par les femmes de la base.
Tableau 17 - Apports positifs de l’immigration dans la trajectoire personnelle de l’ensemble des participantes
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Participantes membres du Caucus |
Participantes de la base |
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Enrichissement |
Liberté et autonomie surtout vis-à-vis de la famille |
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Sécurité |
Sécurité et prise de conscience comme individu |
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Choix de vie |
Ouverture d’esprit et à la différence |
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Éducation |
Choix de vie et défi |
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Participantes nées ici |
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Plus de choix |
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Pas de discriminations vécues personnellement |
Tableau 18 - Apports positifs de l’immigration pour les femmes de diverses origines en général
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Participantes membres du Caucus |
Participantes de la base |
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Liberté et choix de vie possibles |
Liberté et autonomie |
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Valorisation pour les femmes qui n’étaient pas autonomes (économiquement) dans le pays d’origine |
Pas de point positif pour certaines catégories de femmes immigrantes |
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Sécurité |
Tableau 19 - Perception des luttes et des droits des femmes au Québec par les participantes de la base et intérêt à s’impliquer
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Luttes et droits des femmes au Québec |
Implication |
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En accord |
Intérêt à s’impliquer davantage |
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Constat du faible degré d’implication actuel |
4.3 Les formes de solidarité
La solidarité entre toutes les femmes a été un élément incontesté des participantes. Solidaires, c’est sûr : « Les femmes immigrantes devraient être aux côtés des femmes québécoises ». Mais pourquoi, d’abord? « …, parce que les luttes pour les droits des femmes sont les mêmes partout ». Mais encore? Parce que : « … les femmes immigrantes devraient être solidaires car elles bénéficient des mêmes droits que les femmes québécoises. »
Comme on peut le voir, les participantes ont majoritairement relevé l’importance d’être solidaires, mais contrairement à ce qu’on pouvait s’attendre, ce n’était pas autour de points communs, mais autour de la reconnaissance des problèmes spécifiques qu’elles vivent ou des cheminements différents qu’elles peuvent avoir. Donc, une solidarité, dans la différence, pour l’étape actuelle?
4.3.1 Reconnaissance des spécificités des femmes de diverses origines et des responsabilités de chacune
Reconnaissance des spécificités des situations des femmes de diverses origines
C’est en reconnaissant d’abord les obstacles et les cheminements spécifiques des femmes de diverses origines que la solidarité est possible avec toutes les femmes :
« …, mais les cheminements sont différents pour les femmes immigrantes. »
« Oui, on est pour une solidarité avec les femmes d’ici, mais sans oublier qu’on a des problèmes spécifiques. En maintenant constant à la Table, les préoccupations des femmes des communautés culturelles, cette dynamique maintiendra toujours la solidarité entre toutes les femmes. »
« Pour maintenir une solidarité, il faut introduire les problèmes spécifiques des femmes des communautés culturelles aux dossiers défendus par les femmes québécoises. Pour cela, il faut que nous soyons sensibilisées aux dossiers défendus par les femmes québécoises. »
Reconnaissance des responsabilités de chacune
La responsabilité des femmes de diverses origines
Si la responsabilité des femmes de diverses origines est pointée par rapport à la situation qu’elles vivent, dans le manque d’implication et de solidarité, ce sont les plus anciennes ici surtout qui sont interpellées. Même les quelques femmes leaders de diverses origines sont inclues dans un manque de responsabilité vis-à-vis de la base :
« Les femmes immigrantes ne s’impliquent pas suffisamment et elles ont une responsabilité dans le manque de changement de leur situation. »
« Il y a une responsabilité des femmes des communautés culturelles, notamment celles qui sont ici depuis un certain temps, chez qui on constate un manque de solidarité. »
« Le peu de femmes immigrantes qui activent, finissent par abandonner et se découragent, parce que les femmes immigrantes qui ont réussi professionnellement ne font pas d’efforts à s’impliquer en allant sur des CA ou en réinjectant un peu de leur temps, en donnant par exemple des formations aux femmes immigrantes, afin de devenir leader ou améliorer leurs capacités, etc. Or, aussitôt qu’elles ont réussi, il n’y a aucune implication de leur part auprès des femmes immigrantes, ni dans la collectivité en général. »
« Il y a quelques femmes leaders des communautés culturelles et elles ont une responsabilité vis-à-vis de la base. Elles prétendent représenter toutes les femmes immigrantes et ce, depuis de nombreuses années. Une instance comme le Caucus, comme organe de réflexion, permettrait de multiplier les voix et les pouvoirs jusque là concentrés juste entre les mains de certaines leaders. »
Mais pour certaines, la responsabilité des femmes de diverses origines devrait être relativisée, à cause de la situation dans laquelle elles se trouvent actuellement, mais aussi par rapport aux responsabilités des femmes québécoises, car comme dira une participante : « Nous les femmes immigrantes, nous ne sommes pas un lobby, nous ne sommes même pas encore organisées. Il faudrait déjà qu’on atteigne un stade d’organisation. Et là, si les femmes des communautés culturelles ne sont pas là, on pourra hiérarchiser les responsabilités. »
La responsabilité des femmes québécoises
Selon les participantes, la responsabilité des femmes québécoises tiendrait surtout à leur manque d’intérêt envers les préoccupations des femmes de diverses origines, mais aussi au fait qu’elles ne défendent pas les droits de ces dernières :
« Il y aussi une responsabilité des femmes québécoises qui ne s’intéressent pas aux problèmes des femmes immigrantes. Il y a aussi une nécessité qu’elles soient sensibilisées. »
« Le mouvement des femmes qui se déclare universel n’a pas fait ses preuves. Il faut qu’il restaure la confiance. S’il faut hiérarchiser les responsabilités, il faut alors commencer par celles qui ont les moyens et qui nous ont précédées. Qu’elles nous tendent la perche et qu’elles défendent aussi les droits des femmes immigrantes. »
Au niveau de la pratique, c’est la responsabilité des groupes de femmes qui est surtout mise en avant :
«Les intervenantes dans les organismes communautaires et les groupes de femmes ont une responsabilité, car elles ne sensibilisent pas les femmes immigrantes. »
« Dans les centres de femmes, on n’implique pas les bénévoles sur le CA ou dans d’autres instances. »
« Dans les centres de femmes où des femmes immigrantes participent, il y a des scissions entre femmes immigrantes et femmes québécoises. »
« Les travailleuses devraient encourager les femmes immigrantes et ne pas leur faire faire juste du dépannage alimentaire. »
5.1 Recommandations à la Table et au Caucus
Ces recommandations découlent notamment, des recommandations apparues lors des entrevues individuelles recensées dans le tableau suivant et des focus group, des besoins de données exprimés dans l’analyse documentaire concernant les femmes de diverses origines et des effets de certaines politiques sur ces femmes. Vu l’ampleur des besoins et le nombre de ces recommandations, elles s’adressent également et pourraient être défendues ou réalisées en collaboration avec d’autres groupes du mouvement des femmes, tels : la Fédération des Femmes du Québec, l’R des centres de femmes du Québec, Relais-femmes, le Collectif des femmes immigrantes du Québec, certaines institutions gouvernementales, le Conseil du statut de la femme, etc.
5.1.1 Recommandations à la Table
Tableau 20 - Recommandations apparues lors des entrevues individuelles
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Participantes membres du Caucus |
Participantes de la base |
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Rôle renforcé de la Table auprès des femmes immigrantes |
Responsabilité des femmes immigrantes par rapport à leur situation |
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Présenter de façon différente les objectifs et les dossiers de la Table, en les simplifiant |
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Faire de l’éducation-sensibilisation |
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Élaborer des stratégies de participation et de représentation |
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Stratégie pour améliorer la communication |
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Savoir poser directement les vrais problèmes |
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Nécessité de continuer une réflexion sur la diversité culturelle, car les groupes de la base ne le font pas |
Recommandations générales
1. Embrasser les causes de toutes les femmes sans exclusion et défendre les droits des femmes de diverses origines en intégrant leurs préoccupations dans tous les dossiers défendus par la Table et en les défendant aussi de façon spécifique.
2. Défendre l’égalité des femmes de diverses origines au niveau régional et institutionnel notamment en favorisant une analyse différenciée entre les femmes et les hommes « immigrants » mais aussi entre les femmes elles-mêmes.
3. Renforcer le rôle de la Table auprès des femmes de diverses origines en appuyant et en défendant le financement des groupes de femmes de diverses origines et en faisant en sorte que les groupes membres s’ouvrent plus aux femmes de diverses origines.
4. Présenter autrement les dossiers defendus par la Table en les rendant plus accessibles aux femmes de diverses origines et en faisant en sorte de poser directement les vrais problèmes.
5. Avoir un rôle de sensibilisation et de diffusion des obstacles et des problématiques des femmes de diverses origines, auprès des femmes québécoises, des groupes membres et des institutions.
6. Encourager la participation et assurer la représentation des femmes de diverses origines aussi bien à la Table que dans les groupes membres, et en allant les chercher même ailleurs qu’à la Table, dans différents milieux.
7. Améliorer la communication en adoptant de nouvelles stratégies qui permettront de rendre les dossiers plus accessibles, en décloisonnant les différentes instances et les comités, en développant et en vulgarisant certains outils de communication comme les bulletins, un site web, etc., et utiliser parfois la langue anglaise pour certains outils (comme certains pamphlets, un certain nombre de bulletins), pour rejoindre d’autres groupes et femmes de diverses origines.
8. Continuer une réflexion sur la diversité culturelle et approfondir certaines problématiques concernant les femmes de diverses origines.
5.1.2 Recommandations au Caucus
5.2 Plan d’action
Ce plan d’action constitue un projet pilote à mettre en oeuvre et intitulé : « Projet de pratique pluraliste, d’empowerment et de solidarité ». Ce plan d’action, même s’il est planifié sur l’année à venir et paraît être de trop grande envergure, pourra être aménagé selon les moyens sur deux années éventuellement. Pour ce faire, et afin de favoriser l’empowerment des femmes de diverses origines et tabler sur une responsabilisation de ces femmes, le Caucus des communautés culturelles et des nouvelles arrivantes ou un nouveau comité pourrait être mis en place afin de mettre en oeuvre ce plan d’action en termes d’urgence ou de stratégie de changement. Ce qui responsabiliserait plus les participantes. Mais ce comité qui serait formé de représentantes de groupes membres de la Table et de femmes de la base aura également pour tâches de servir d’interface commun (femmes de diverses origines et femmes d’ici) et de veiller à maximiser certains dossiers communs pour des actions collectives aussi, comme moyen de concrétisation de la solidarité. Ex. : femmes qui retournent aux études avec les spécificités pour les femmes de diverses origines confrontées au problème de reconnaissance de leurs diplômes, etc.
C’est le Caucus ou le nouveau comité qui déterminera les modalités d’application du plan d’action, qui sera surtout centré sur l’action en revoyant les méthodes actuelles de fonctionnement et de divulgation de l’information.
Ce plan d’action est axé sur trois volets dont certains, constitueraient aussi des interfaces communs. Les deux premiers volets s’appuieront sur un fonctionnement dynamique impliquant directement les groupes ou organismes représentés, en prévoyant par exemple, l’organisation d’activités (comme les deux premiers volets du plan d’action) au sein même de ces groupes, avec l’implication du dernier groupe où a eu lieu l’activité, sur l’activité suivante dans un autre groupe ou organisme.
1. Un volet atelier de discussion, qui servira à aborder et approfondir régulièrement des problématiques spécifiques aux femmes de diverses origines, afin d’alimenter la Table et le Caucus, de développer des stratégies de participation et de constituer un lieu de sensibilisation et de conscientisation des femmes et des groupes de diverses origines.
2. Un volet formation-sensibilisation qui constituerait une sorte de comité mixte, axé sur la connaissance des différents dossiers défendus par la Table et les façons d’y introduire les préoccupations des femmes de diverses origines.
3. Un volet communication articulé sur l’élaboration d’un plan de communication adapté au pluralisme de la Table et de la réalité montréalaise.
PROJET DE PRATIQUE PLURALISTE, D’EMPOWERMENT ET DE SOLIDARITÉ |
Échéancier : Ce projet se déroulera entre septembre 2001 et juillet 2002
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1. Ateliers de discussion |
Ces ateliers s’adresseront aux représentantes de groupes de femmes de diverses origines et de groupes ou organismes travaillant auprès de ces femmes, mais également, aux femmes de la base. Ces ateliers de discussion permettront d’aborder certaines problématiques importantes qui concernent ces femmes et de dégager ainsi certaines priorités afin de les intégrer régulièrement aux dossiers de la Table, de sensibiliser la Table et ses membres à ces préoccupations, puis de les introduire dans les analyses de la Table. Ces ateliers permettront également de développer des stratégies de participation de ces femmes à la Table, dans une démarche d’empowerment favorisant des rapports égalitaires, un rôle d’actrices à la Table par le développement d’une conscience collective et politique. Le déroulement de ces ateliers se fera pendant et en parallèle aux réunions actuelles du Caucus des communautés culturelles.
Thèmes à aborder :
Les préoccupations des femmes de diverses origines dans les divers domaines : emploi, santé, participation, représentation, éducation, définition des priorités de dossiers, etc.
Échéancier :
Plusieurs rencontres au cours de l’année dont certaines avec les représentantes de groupes ou d’organismes membres pendant les réunions du Caucus, d’autres avec des groupes non membres et de femmes de la base, et enfin une annuelle, sous forme de forum, entre septembre 2001 et juillet 2002.
Résultats escomptés :
· Établir des stratégies de participation et de représentation et réduction des obstacles par la mise en place d’un plan d’action à la Table.
· Créer un lieu de participation, d’échange de points de vue et d’analyse, pour les représentantes de groupes mais aussi pour des femmes de la base, et de définition de priorités.
· Favoriser la participation et l’implication de femmes de diverses origines bénévoles de la base sur les dossiers qui intéressent leur groupe ou elles-mêmes.
· Développer des outils pour les autres groupes, élaborés par des femmes des communautés culturelles elles-mêmes.
Évaluation des résultats :
· Nombre de participantes à chaque rencontre et commentaires des participantes (fiche d’évaluation).
· Évaluation de la participation aux différentes instances de la Table et aux autres activités de la Table, participation dans les groupes, etc.
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2. Formation-sensibilisation |
Ces sessions de formation-sensibilisation mensuelles qui se dérouleront surtout dans les groupes ou organismes eux-mêmes, permettront une vulgarisation de l’ensemble des dossiers défendus par la Table et de proposer des moyens d’y introduire les préoccupations des femmes de diverses origines dans ces dossiers. Ces sessions permettront donc aux groupes de femmes de diverses origines et aux organismes travaillant auprès de ces femmes de mieux maîtriser les dossiers défendus par la Table et de savoir de quelle manière les préoccupations des femmes de diverses origines seront également posées dans les différents dossiers. Ces sessions permettront également de sensibiliser les femmes québécoises d’origine aux préoccupations des femmes issues des communautés culturelles et vice versa. Enfin, lieu d’interface, ces rencontres favoriseront également un travail de concertation entre les groupes, de compréhension mutuelle entre les femmes de toutes origines, et le dégagement d’éléments pour une solidarité commune.
Thèmes à aborder :
Tous les dossiers de la Table : santé, emploi, diversité culturelle, développement régional, accessibilité, ainsi que tous les dossiers ponctuels importants sur lesquels la Table travaille.
Échéancier :
Plusieurs rencontres au cours de l’année, en moyenne une par mois, de septembre 2001 à juillet 2002.
Résultats escomptés :
· Le développement d’un modèle de concertation féministe et pluraliste sur les différents dossiers.
· Une formation sur chaque dossier permettra une concertation, un échange et une analyse, favorisant ainsi la participation des groupes ou des organismes membres ou non membres, ainsi que la création de liens entre les groupes de femmes ou organismes membres de la Table, ethnoculturels ou québécois et entre les femmes de différentes origines.
· La Table constituera un modèle dans le milieu féministe dans la prise en compte de la diversité.
· La mise en place de pratiques tenant compte de la diversité culturelle et de moyens favorisant la participation des femmes dans les groupes participants.
Évaluation des résultats :
· Nombre de participantes à chaque activité : la participation de femmes québécoises d’origine et de femmes issues des « communautés culturelles » sera nécessaire.
· Commentaires des participantes sur l’activité (fiche d’évaluation).
· Degré de participation et d’implication des participantes sur les dossiers et dans les différentes instances de la Table : comités, comité de coordination, etc. Élévation perceptible entre septembre 2001 et juillet 2002.
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3. Plan de communication adapté au pluralisme des femmes de la Table et des groupes membres de la Table |
L’élaboration d’un plan de communication permettra une meilleure communication entre la Table et ses membres, entre les différentes instances de la Table dans un langage accessible, tenant compte de la pluralité culturelle. Il permettra également de développer des outils de communication adéquats tels que pamphlet, bulletin de liaison, babillard, etc., dans un langage accessible : 200 pamphlets, 100 bulletins annuels et babillard de la semaine ou notes d’information.
Objectifs :
· Développer de nouveaux outils de communication impliquant directement les femmes, comme certains moyens de divulgation de l’information.
· Faire connaître la Table des groupes de femmes de Montréal auprès des groupes et organismes en tenant compte du pluralisme de la région montréalaise.
· Faire connaître tous les dossiers sur lesquels la Table intervient, de façon accessible, en français et en anglais dans certains cas, en visant surtout certains groupes de femmes ethnoculturels et en tenant compte du fait qu’ils sont souvent anglophones.
· Faciliter la communication entre les différentes instances de la Table, notamment entre le comité de coordination et les comités ainsi qu’entre les comités entre eux, en faisant connaître à tous les membres et à tous les comités, les dates de rencontres de ces comités et les dossiers importants sur lesquels chaque comité travaille dans le moment, soit par un babillard, soit par des notes d’information régulières hebdomadaires.
· Faire de la Table, en la renforçant dans le milieu régional montréalais, l’interlocutrice privilégiée pour l’amélioration des conditions de vie des femmes, par le fait même de sa représentativité et de la prise en compte de la diversité culturelle montréalaise, ainsi que par le rôle régional qu’elle joue et continuera de jouer. Surtout avec la fusion des municipalités et le rôle politique régional de la Table, s’assurer de la représentation des femmes montréalaises, québécoises d’origine et des femmes issues des communautés culturelles dans les nouvelles structures issues de ces fusions, ainsi que la prise en compte des inégalités entre les hommes et les femmes par ces nouvelles instances.
Échéancier :
Septembre 2001 à juillet 2002, pour l’élaboration et la mise en pratique du plan et de certains outils de communication.
Résultats escomptés :
· Facilitation de la communication en tenant compte des besoins des groupes ou organismes ethnoculturels.
· Développement de moyens facilitant la communication interne et externe : interne par une circulation plus facile entre les différents comités et les différentes instances (babillard, notes d’information) et externes par l’impression et la diffusion de 200 pamphlets bilingues et annuels, ainsi que 100 bulletins mensuels bilingues aux groupes membres et non membres (bulletins courts, accessibles et bilingues).
· Envisager la création de nouveaux outils inédits.
· Conscientisation et participation plus importante des femmes de toutes origines grâce à une meilleure connaissance des luttes et des dossiers défendus par la Table.
Évaluation des résultats :
· Augmentation perceptible du membership, surtout des groupes ethnoculturels, augmentation de la participation de ces groupes à la Table et sur les différents dossiers.
· Sondage auprès de groupes cibles.
· Le membership actuel de la Table étant de près de soixante groupes, une augmentation sensible sur deux années est possible, vu le nombre actuel de groupes ou d’organismes travaillant auprès des femmes de diverses origines dans la région montréalaise, et la difficulté actuelle à rejoindre les groupes de femmes de diverses origines ou travaillant auprès de ces femmes, qui sont souvent anglophones.
CONCLUSION
Les recommandations et le plan d’action à l’intention de la Table des groupes de femmes de Montréal constituent le point culminant de ce projet. Ces recommandations et ce plan d’action ont été élaborés notamment grâce aux suggestions et aux pistes d’action dégagées par les participantes elles-mêmes, dans le cadre de la recherche-action.
Cette recherche-action qui s’est voulue surtout empirique contribuera aussi, modestement, aux questionnements sur la diversité culturelle dans le mouvement des femmes, même si elle aura surtout mis en lumière d’abord, l’importance de donner la parole à d’autres femmes que celles du groupe majoritaire. Car, un des premiers constats qu’il nous a été donné de faire est que ces femmes ont peu de lieu d’expression. Les outils proposés pour le changement souhaité, c’est-à-dire favoriser un caractère pluraliste et l’inclusion, pourront servir aussi à tous les groupes qui se penchent sur la problématique de la diversité culturelle et même si ces outils posent encore une fois le problème de la mise en évidence des différences des femmes de diverses origines et les risques d’accentuer ou de créer des clivages entre les femmes.
Mais cette question n’aura trouvé ici que réponse partielle, parce que la solidarité fondée sur la reconnaissance de différences et de responsabilités partagées, qui ressort de cette recherche, paraît indéfendable a priori. Mais une solidarité fondée uniquement sur des points communs n’est-elle pas plus utopique et irréalisable, ne serait-ce qu’en pensant à toutes les différences entre les femmes et n’est-elle pas qu’un discours homogénéisant, fondé sur l’exclusion des différences, un contre-sens au pluralisme et à la démocratie même?
Si ce projet aura réussi à mettre en lumière la spécificité de certains obstacles rencontrés par les femmes de diverses origines, ainsi que les défis de la Table en matière de diversité culturelle, il pourra certainement favoriser la prise en compte de la diversité culturelle dans l’analyse de la Table, son fonctionnement, sa représentation et la participation des femmes. Alors, cet objectif sera atteint.
Cette recherche-action n’est qu’un début et tout reste à faire au niveau de l’importance de ses conclusions. La mise en oeuvre du plan d’action en matière de diversité culturelle attend le mouvement des femmes, non seulement à la Table, mais également dans l’ensemble des groupes de femmes au Québec.
ANNEXE : LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 - Groupes ou organismes représentés au Caucus des communautés culturelles (1999-2000) 23
Tableau 18 - Apports positifs de l’immigration pour les femmes de diverses origines en général 82
Tableau 20 - Recommandations apparues lors des entrevues individuelles......................... 87
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[1] KALPANA DAS, Travail social et pluralisme culturel au Québec : des enjeux inexplorés, vol. 21, no 3, Interculture, Cahier 100, juillet-septembre 1988, p. 36.
[2] Sont appelées « femmes participatives », les représentantes à la Table, membres du Caucus des commu-nautés culturelles et des nouvelles arrivantes, qui étaient régulièrement présentes durant l’année 1999-2000.
[3] Statistique Canada, Recensement 1996.
[4] L’immigration au Québec, 2001-2003, Document de consultation, MRCI, Gouvernement du Québec, 2000, p. 17.
[5] Idem.
[6] MOISAN, Lise, Êtes-vous du genre? Un portrait comparatif de la situation socio-économique des femmes et des hommes de l’île de Montréal, CRDÎM, Ministère des Affaires municipales et de la Métropole, 2000, p. 31 et 33.
[7] Ville de Montréal, http://www.ville.montreal.qc.ca/diversité/divert1.htm.
[8] Statistique Canada, Recensement 1996.
[9] MOISAN, Lise, Op. cit. p. 34.
[10] Ville de Montréal, Op. cit.
[11] Op. cit., p. 34.
[12] Idem.
[13] Ville de Montréal, Op. cit.
[14] KWAN, Elisabeth, Dévolution des programmes sociaux et compressions budgétaires : incidences sur les immigrants et les réfugiés, Congrès du Travail du Canada, 1998, p. 35.
[15] Idem.
[16] MOISAN, Lise, Op. cit., p. 23.
[17] CFC, Les femmes et l’immigration, Certains enjeux importants, 1997, p. 1.
[18] MOISAN, Lise, Op. cit., p. 34.
[19] Op. cit., p. 61.
[20] Op. cit., p. 49.
[21] D’AMOURS, Martine, Ces femmes venues d’ailleurs, La Gazette des femmes, juillet-août 1990, no 2, p. 11.
[22] VANCOUVER CENTER of EXCELLENCE, The Double Negative Effect on the Earnings of foreign-born females in Canada, 20, Research on Immigration and Integration in the Metropolis, June 1997, cité par Elisabeth Kwan, Op. cit., p. 22.
[23] Citoyenneté et Immigration Canada, 1997, Profil des Immigrants au Canada, p. 7, internet.
[24] Op. cit., p. 9 et 10.
[25] KWAN, Elisabeth, Op. cit., p. 23.
[26]KWAN, Elisabeth, Op. cit., p. 27.
[27]Op. cit., p. 28.
[28]Op. cit., p. 20.
[29] KWAN, Elisabeth, Op. cit., p. 29 et 30.
[30] Idem.
[31]Op. cit.
[32] Ibid, p. 19.
[33] Voir niveaux de scolarité des participantes.
[34] DE SÈVE Micheline, L’échappée vers l’Ouest, CIDIHCA, BNQ, 1991, p. 72-73.
[35] Pris au sens large et incluant le climat social du pays d’origine et les situations de conflits de différentes natures, dont les guerres.
[36] CHICHA-PONBRIAND, Thérèse, Violence et racisme au Québec, Rapport du Comité d’intervention contre la violence raciste, juin 1992.
[37]LABELLE, Micheline, Segmentation du marché du travail, discrimination et redressements des inégalités. Évaluations et perceptions de leaders d’associations à caractère racisé de la région de Montréal, Études ethniques au Canada, no 1, 1997, pp. 22-58.
[38] Selon Ravi Pendakur, le fait d’avoir un accent réduit les perspectives d’emploi de 20%, cité par Elisabeth Kwan, Op. cit.
[39] Source : Secrétariat du conseil du trésor, janvier 2001, http://www.tresor.gouv.qc.ca/acces-egalite/saviez-vous.htm .
[40] Idem
[41] Voir revendications de la Marche mondiale des Femmes concernant les femmes des communautés culturelles.
[42] MCCI, Au Québec pour bâtir ensemble, Énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration, Gouvernement du Québec, 1990.
MCCI, L’intégration des immigrants et des Québecois des communautés culturelles : document de réflexion et d’orientation, Gouvernement du Québec, 1990.
[43]Gérer la diversité dans un Québec francophone, démocratique et pluraliste, Conseil des communautés culturelles et de l’immigration, 1993, p. 5 et 6.
[44] Op. cit., p. 7.
[45] Idem.
[46] CAMO-PI, Texte pour l’allocution sur la reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) des personnes immigranntes, Audience du 20 janvier 2000, p. 1.
[47] LABELLE, Micheline, SALÉE Danielle, La citoyenneté en question : L’État canadien face à l’immigration et à la diversité nationale et culturelle, Sociologie et sociétés, vol. XXXI, no 2, automne 1999.
[48] TOUPIN, Louise, Les courants de pensée féministe, Version revue du texte Qu’est-ce que le féminisme? Trousse d’information sur le féminisme québécois des 25 dernières années, 1997. DESCARRIES-BÉLANGER, Francine et ROY, Shirley, Le mouvement des femmes et ses courants de pensée : essai de typologie, Les Documents de L’ICREF, no 19.
[49] BELLEAU, Josée, Le féminisme « tricoté serré » en question, Mémoire de maîtrise en intervention sociale, UQÀM, 1994.
[50] MOISAN, Marie, Diversité culturelle et religieuse : recherche sur les enjeux pour les femmes, Conseil du statut de la femme, 1997, 55 p.
[51] MOISAN, Marie, Droits des femmes et diversité : avis du Conseil du statut de la femme, CSF, 1997, 79 p.
[52] LACELLE, Nicole, Diversité culturelle et religieuse, Rapport de tournée 1998-99, FFQ.
[53] Op. cit.
[54] Il ne s’agit pas ici du réseau des organismes communautaires dédiés à l’accueil et l’établissement des nouveaux arrivants et à la défense des droits des personnes réfugiées et immigrantes.
[55] Procès-verbal de la réunion du 30 novembre 2000.